Toutes les civilisations, de Sumer à l'Egypte pharaonique (présentée souvent comme une civilisation paisible, aimant la vie, mystique, bref "clean"), des Mayas aux Incas, des Chinois aux Japonais, des Grecs aux Romains, TOUTES ont pratiqué et prospéré grâce à l'esclavage.
Ce livre démontre avec rigueur et un style clair (et engagé)que les Gens du Livre s'asservirent mutuellement.
Ce livre est l'Histoire d'une histoire qui commence mal, et qui continue, mal, en quelques endroits du monde, en Mauritanie, ou ailleurs, de manière plus ou moins cachée.
C'est l'histoire de l'esclavage des Noirs par les musulmans, à partir des sources arabo-musulmanes des VIIe au 19e siècle, de travaux occidentaux et africains récents.
Côté Europe, côté chrétien, l'aggiornamento a été fait par Jean Paul II, l'Eglise Anglicane et quelques chefs d'Etat occidentaux (dont J. Chirac, commanditaire d'un Monument).
Côté Islam, on l'attend toujours, côté juif aussi (les juifs d'Ethiopie, ou Beta Israël -dits Falachas- sont d'ailleurs ghettoïsés, voir "Falachas" dans Universalis).
Car Jacques HEERS, qui n'est pas un révisionniste, Professeur d'Histoire émérite de Paris IV Sorbonne, déteste les visions partiales. OUI, la traite transatlantique est une des hontes de l'Occident moderne et éclairé (qu'on pense à Voltaire, au courant de la traite, ne s'en offusquant point, et soucieux uniquement d'avoir assez de sucre à mettre dans son chocolat, et se gaussant des "nègres"!!!). OUI, c'est un crime contre l'Humanité.
Seulement nous ne fûmes pas seuls. Et pas les premiers, ni les derniers.
Ce livre raconte la Traite arabo-musulmane, la complicité des chrétiens blancs, celle des rois noirs du Dahomey, des tribus ravies de se débarrasser de leurs ennemis, celle des négociants juifs dans ce sinistre "commerce". Elle a duré 1200 ans. On n'en parle pas.
Contrairement à Tidiane N'Diaye, auteur du "génocide voilé", Jacques HEERS ne tente pas de chiffrer les pertes humaines, et pour l'excellente raison que la documentation comptable (les livres de bord, les registres de compte, les livres des négriers) ne se trouvent qu'à partir des 16e-17e siècles, et essentiellement dans la traite occidentale.
Il y a bien génocide, on peut avancer AU MOINS le million d'âmes par décence et logique (et c'est déjà trop), on ne pourra cependant jamais graver un chiffre sur le cénotaphe des Noirs arrachés à leur tribu, à leur famille, à leur terre, émasculés, pour finir dans les cales, les salines, les mines, les sources de naphte (goudron), les villes pour le nettoyage des hammams, les plantations arabo-musulmanes.