Le livre de P. Declerck est à connaître, et à relire. Très engagé, il est, de plus, servi par une construction très libre, où les témoignages, les souvenirs personnels, l’iconographie riche de dessins où l’auteur croque avec précision les corps cassés et démolis et les chairs putréfiées parfois et qui alternent avec des lithos et des gravures d’Ensor, Munch ou Hugo, les édifices théoriques, et les fragments autobiographiques se font signe, se répondent et gardent, chacun leur consistance et leur insistance propre. Entre monstration et démonstration, ce livre propose des hypothèses à la clinique et des bases de réflexion à l’Institution. Il " décharite ", au meilleur moment de son écriture, dans une tendre et inlassable férocité.
Les âmes sensibles a-t-on dit, devrait s’interdire de lire ce livre, peut-être même devraient-elles s’abstenir de faire de la clinique.
Un tel livre daterait-il pourtant déjà ? Oui et Non. Non, car l’irremplaçable du témoignage n’est pas destiné à devenir obsolète. Oui, un peu, ce qui est moins un reproche qu’un appel à d’autres contributions. En effet, l’actuel des institutions de prise en charge des grands exclus est, maintenant, et grâce aux travaux des pionniers dont Declerk, Henri et Emmannuelli, et à la création de réseaux dont l’ORSPERE à Lyon ou Le RNSPP (Réseau National Souffrance Psychique et Précarité) beaucoup plus diversifiée et peut-être plus efficace aussi dans le sens de la prévention.