Dans la tradition des « bestiaires contemporains » arrive "Les nouveaux cons".
Il est très facile d'écrire un « bestiaire », il suffit d'un paradigme, un échantillon, un algorithme et l'efficacité d'un écrivain ayant une certaine expérience.
Ainsi, on pourrait facilement écrire « Les nouveaux héros », « Les nouveaux gangsters », « Les nouveaux pigeons », « Les nouveaux gagneurs », « Les nouveaux idéalistes » et pourquoi pas « Les nouveaux écrivains » ?
Bien que certains passages ne manquent pas d'humour et de pertinence, la mécanique de l'ouvrage risque de rendre la lecture lassante du fait de se retrouver avec un catalogue de caricatures prévisibles.
Un humour caustique qui tourne parfois à la catharsis ou au règlement de comptes, tellement le sujet exige la recherche obsessionnelle de la petite bête imposée par la nature du sujet.
Cependant l'auteur est plus à l'aise avec les personnages politiques ou fonctionnaires. Quant à certains d'autres, on constate qu'il doit faire recours à sa fantasmatique personnelle ou aux personnages imposée par les médias.
Par exemple « Les nouveaux beaux » ne parlent que des personnages médiatiques et souvent friqués. « Les nouveaux retraités » font mention aux seuls retraités qui se retrouvent avec une belle pension.
Et bien entendu, ça ne pourrait pas manquer, l'animosité à la mode contre la psychanalyse, maintes fois mentionnée dans l'ouvrage, dont l'auteur ne connaît que les exemples les plus caricaturaux. La bourgeoise qui paye 300¤ la séance, du fait de s'ennuyer dans sa vie quotidienne, ignorant les milliers d'angoissés guéris, les centaines de suicidaires sauvés et les nouveaux psys d'orientation psychanalytique, humbles et anonymes qui travaillent pour un salaire misérable dans des associations bénévoles.
Car si Freud était un farceur, peut-être par la faute de la cocaïne, dont on connaît maintenant ses effets sur la structuration de concepts, l'association d'idées et la facilité abusive qu'elle provoque pour trouver facilement des relations de cause à effet là où il n'y en a pas (beaucoup d'écrivains en font us et abus), terrain fertile à la paranoïa, et Lacan un délirant, on ne peut pas ignorer leurs suiveurs qui eux, ont été sinon plus rigoureux au moins plus éthiques.
Quoi qu'il en soit, en plus de nous amuser pendant un tiers de sa lecture, ce livre à la vertu, non explicite, de dénoncer la difficulté de vivre dans notre société quand on ne fait pas partie d'une catégorie, c'est-à-dire, la difficulté de vivre quand on pense par soi-même et qu'on n'est pas soi-même un con.
Sinon, on n'en serait pas autant.