Voilà un livre utile, qui permet de mettre l'accent sur les pires dangers qui nous guettent, ceux susceptibles de renverser nos systèmes démocratiques, de causer la mort, la destruction, l'anarchie et détruire les libertés les plus fondamentales. Des dangers qui ne relèvent pas seulement du possible, mais s'appuient sur un processus en vigueur et déjà bien entamé. Et ce, sans qu'on on en ait suffisamment conscience, installés dans nos petites vies relativement paisibles au regard de ce que représentent les faits évoqués.
Nous sommes inquiets au sujet du terrorisme transnational, des attentats islamistes perpétués régulièrement ici ou là ? Ce n'est rien en comparaison d'autres menaces bien présentes et sur lesquelles les regards sont moins rivés. Xavier Raufer, spécialiste en recherche sur les menaces criminelles contemporaines nous explique, en effet, qu'il y a toujours un décalage entre ce que nous percevons et ce qui est en vigueur ou en préparation, sans que l'attention y ait suffisamment été portée, conduisant nos sociétés à commettre des erreurs d'appréciation au sujet des menaces les plus graves.
Ainsi, l'heure serait plus à craindre d'autres menaces que celle qui occupe le plus les médias et les esprits. Il y aurait, en quelque sorte un retard dans les réactions y compris de nos services secrets ou de renseignement, qui commettent trop d'erreurs d'appréciation et ne parviennent pas à déceler suffisamment tôt les vrais dangers. En réalité, ce n'est plus de réactivité qu'il devrait être question, mais bien d'anticipation.
Xavier Raufer commence ainsi par nous démontrer cette idée à travers quelques exemples et des chiffres très impressionnants sur plusieurs domaines d'application, où pourtant l'information existait (les preuves a posteriori ne manquent pas).
Les guérillas reconverties dans le narcotrafic, pour commencer. Les faits et les chiffres cités sont stupéfiants (si l'on peut dire). Pensez, à titre d'exemple, que l'armée mexicaine dispose de 130 000 hommes et les cartels de la drogue 100 000, avec une organisation, des moyens financiers et une puissance de feu à faire frémir. Et, chaque jour, des hommes de l'armée rejoignent le camp de ceux qui leur offrent bien plus encore... D'où les milliers de crimes plus horribles les uns que les autres comptabilisés chaque année et allant croissant. Et je ne cite que l'exemple du Mexique... Plus récemment, le narcotrafic et le crime organisé ont commencé à déferler sur l'Europe. Et les choses vont très vite. Au point que l'auteur parle de "tsunami de la drogue" en Europe du Nord-Ouest. Quelques chiffres ahurissants : 3 adolescents sur 5 ont consommé de la cocaïne en Irlande ; la consommation connue de cocaïne par la population britannique a été multipliée par huit de 1992 à 2004 ; 50 000 doses par jour sont consommées en Belgique ; des sociétés criminelles d'Amérique latine seraient déjà bien implantées en Espagne, où on commence à assister à des une criminalité jamais vue jusque-là sur notre continent (assassinat en plein hôpital public, etc.). Et, bien sûr, des chiffres qui continuent d'évoluer à toute allure, en particulier sous l'effet des "prix cassés" désormais pratiqués pour appâter le chaland et créer une nouvelle clientèle captive et massive.
Passage tout aussi impressionnant que celui sur les mégalopoles anarchiques. Des chiffres et des faits à vous donner le tournis. Un monde dans lequel il ne fait déjà pas bon vivre pour beaucoup et où de plus en plus d'humains vont s'entasser pour vivre dans des conditions tout à fait déplorables. Quelques chiffres éloquents : la population urbaine représentait 10% de la population mondiale en 1900, constituera 50% en 2025, 60 % en 2030, année où Canton et Hongkong se rejoindront pour ne plus former qu'une seule et même immense mégalopole de 36 millions d'habitants, loin d'être la seule mégalopole surdimensionnée, avec tous les problèmes humains, sanitaires, physiologiques et autres que cela suppose (le problème déjà effroyable des immenses (le mot est faible) bidonvilles actuels s'amplifiera notamment).
Si on y ajoute la cybercriminalité, les "Etats voyous" et plein d'autres sujets aussi difficiles, on assiste au final à une "re-tribalisation du monde" extrêmement préoccupante et très mal canalisée.
D'où l'importance, selon l'auteur, de redéfinir les stratégies de sécurité afin de répondre plus efficacement au nouveau désordre mondial, en érigeant une doctrine fondée sur l'alerte précoce et en mettant fin à l'aveuglement actuel, dont les preuves sont nombreuses, partout à travers le monde.
Xavier Raufer s'attache donc à en rechercher les causes.
Mais là où l'ouvrage peine, à mon sens, à convaincre, c'est qu'il prend ensuite une orientation beaucoup trop théorique. De nombreux concepts sont développés, puis l'approche demeure très conceptuelle et très peu pratique. Les exemples deviennent trop rares. Et, en définitive, je trouve que l'on ressort un peu frustré du livre.