Christian Roux est un auteur de roman policier qui a su trouver dès ses premiers romans sa voix/voie avec un style, une composition, des personnages et un discours social qui lui sont propres. Ce phénomène, en période de floraison et de mode de thriller à hémoglobine, reste peu courant et il faut le signaler.
Après Braquage, je suis passé à son second roman « Les ombres mortes ». Geoffroy a perdu son passé et il veut le retrouver mais le puzzle qu'il reconstituera ressemblera plus à des ombres funestes qu'à un jardin enchanteur. Geoffroy et les personnages butent tous dans les pierres des difficultés à survivre. Bras cassés, loosers ou blessés, ils se battent et tentent de rester à la surface de l'eau. L'auteur nous montre, avec finesse, ces êtres surnageant sans voyeurisme ou apitoiement. Il ne porte pas au jugement, il donne à voir au lecteur. Christian Roux sait les rendre attachants et j'avais parfois envie d'aider Geoffroy à sortir de sa galère.
L'histoire sort du train-train régulier du quotidien pour confiner avec la folie, elle m'a vite happé pour me captiver du début à la fin.
L'écriture dynamique va à l'essentiel et sait peindre les situations avec efficacité sans digressions et lourdeurs.
La politique et une révolte sociale semblent former le lit du roman. Un cri contre la politique d'immigration, les pratiques policières, les politicards et l'Amérique de Bush en forçant parfois le trait, « Lui, comme des millions de gens, avaient eu peur que le cow-boy alcoolique, même repenti, ne déclenche une troisième guerre mondiale ' ou une quatrième, si on considérait la précédente guerre du Golfe comme une guerre mondiale, ce qui était moins que certain, vu qu'aucune capitale blanche n'avait été touché. »
Un excellent roman que j'ai dévoré.