Quelle déception !
Après avoir lu "
Vies Minuscules", ce texte, lesté du "Grand Prix de l'Académie Française" et unanimement célébré par la critique, avait de quoi mettre de l'eau à la bouche.
Las, l'auteur utilise un style vocatif, s'adressant à un lénifiant "Monsieur" qui revient à chaque paragraphe, censé donner un peu de vie à la description de la vie d'un peintre et de sa toile maîtresse. "Monsieur", c'est nous (le lecteur) ; le narrateur s'adresse à nous en un mélange de style naïf - où les choses simples nous sont expliquées et réitérées (parfois dix fois par pages, comme l'horripilant passage sur les "bataillons de Limousins", le mot "anacréontique" revenant peut-être quinze fois, sans parler du stupide "Dieu est un chien" dont chaque page se gargarise) - et de belle prose à la Michon - même si on reste loin de l'ébouriffant éclat des Vies minuscules.
Ce narrateur est bancal qui s'adresse à nous et se trouve donc campé comme un personnage ; mais qui bénéficie en même temps d'une focalisation interne et de l'omniscience chère aux vieux récits (il rapporte un souvenir profond du peintre). Une sorte de médium s'adresse à nous, en somme.
On signalera à l'ami Michon que, contrairement à ce qu'il affirme, la rue des Haudriettes ne peut croiser celle des Blancs-Manteaux, vu qu'elles sont parallèles ; qu'en outre, Michelet aurait grand peine à affirmer, dès 1846, que "la mort de Dieu est une chose entendue une fois pour toute", vu que Nietzsche, son prédicateur, est né en 1844, et a formulé pour la première fois le constat de "la mort de Dieu" au plus tôt en 1882.
En couronnant ce texte mineur de son "Grand Prix", l'Académie Française confirme son indécrottable ringardise ; quant à Pierre Michon, fourvoyé, on lui saura gré de revenir à la prose somptueuse de "
Rimbaud le fils".
Le seul bienfait de cette lecture est de donner envie de se replonger dans l'histoire de la Révolution Française. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas énorme !