" à sept ans, j'ai décidé de tuer ma mère" : voici la phrase d'ouverture du livre...
Eva reçoit, en cadeau pour son anniversaire un journal intime orné de roses, des mains de sa petite fille, sa préférée, ombrageuse et solitaire, tout comme elle. Elle interprète cela comme une invite inconsciente à y déverser son secret... Petite fille, le seul réceptacle de ses confidences étaient les oreilles d'un chien. Aujourd'hui, c'est un rosier. Ces oreilles et ces roses sont également les seules preuves de ses crimes.
L'auteur invite le lecteur à une rencontre inoubliable avec son personnage, Eva, tour à tour insolente et émouvante, victime et bourreau.
L'excellent découpage et le calibrage des chapitres font que le récit nous tient en haleine. Nous passons de la jeunesse à la vieillesse, du passé au présent, en immersion, en empathie, grâce à la forme du journal intime.
Fond psychologique, suspense pour la forme ; quelques touches de cruauté et de poésie afin de nous bousculer : le roman ne cesse de nous surprendre.
Nous assistons, ébahis, à la progressive désagrégation du vernis respectable de la fière et discrète Eva, vivant retirée dans une tranquille bourgade suédoise.
C'est brillant, corrosif, moralement incorrect.
C'est très bien écrit : des phrases percutantes, emplies de sagesse ou de drôlerie lorsqu'il s'agit de croquer le portrait des voisins.
Lire les rebondissements au premier degré afin d'être emporté dans une histoire qui prend aux tripes puis l'interpréter symboliquement : il s'agit de neutraliser sans pitié les parents malades qui nous empêchent de grandir.
"Où finissent les mots qui traversent l'esprit sans être prononcés ? Existe-t-il un dépôt où s'entassent les souhaits inexprimés ? Peut-on respirer une fois de trop ? "