Privé sans l’être vraiment, Scudder noie dans l’alcool ses fantômes passés. Plus du tout flic, pas vraiment détective, il « rend service » contre de l’argent. Prétextant une enquête sur un fait divers new-yorkais sanglant, l’auteur traîne son personnage principal dans les méandres de la société américaine et nous en fait, lentement mais sûrement, toucher le fond. Désabusé à souhait, dubitatif et méfiant par nature, Scudder devient sans y toucher un détective de première catégorie. La finesse de l’intrigue et le soin apporté à la description des personnages et des situations, mais aussi la densité des ambiances et des dialogues nous font entrer de plain pied dans les grandes questions que se pose l’auteur sur cette fin de siècle : le sexe, l’argent, la religion, la solitude, la rumeur, la justice, la paternité… Et personne n’en sort indemne, nous finissons tous cabossés et égratignés de cette chienne qu’on appelle la vie, semble nous dire l’auteur qui prend un soin tout particulier à être sans passion, sans excès, sans jugement, tout en nous laissant le soin d’y apporter nos propres réflexions et de lécher nos plaies une fois ce beau et dérangeant livre terminé. Un précieux roman noir.