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Les petits métiers : D'Atget à Willy Ronis Relié – 26 octobre 2007


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Descriptions du produit

Extrait

La fréquentation des gens humbles, ceux que l'on appelait autrefois les «petites gens», n'a jamais été néfaste au coeur ni à l'esprit de ceux qui ont eu à faire à eux. Bien au contraire, ce qu'il était convenu jadis de qualifier de «petit métier» était le plus souvent exécuté avec soin et bienveillance, précisément par ces petites gens. Ceux et celles qui assumaient les tâches les plus modestes et généralement les moins gratifiantes s'en acquittaient avec bonhomie, certes, mais aussi avec le sérieux que cela impliquait.
Issu d'une famille modeste, je n'eus guère besoin, quant à moi, d'attendre le XXIe siècle pour apprendre à éteindre la lumière en sortant d'une pièce. Gaspiller l'eau, l'électricité ou jeter un croûton de pain ne me serait jamais venu à l'idée. Pourtant, le dénuement le plus criant dans la famille qui était la mienne - celui qui force le respect des valeurs -, c'est ma grand-mère - même - qui l'avait connu tout au long de son existence. Tout au moins durant sa vie de mère de famille jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. La vie, heureusement, lui fut plus douce par la suite...

Même Anna avait épousé, toute jeunette, un certain Pierre Faure, roulier de son état. C'était en quelque sorte un voiturier à cheval, qui transportait et vendait surtout des ustensiles de ménage. Il se déplaçait de village en village dans sa grande carriole bâchée semblable à celles des chariots du Far West.

La caverne d'Ali Baba dans une roulotte ! Ce grand-père, que je ne connus pas, proposait aux ménagères qui jalonnaient sa route mille trésors que chacune rêvait de posséder dans son foyer. Des batteries de cuisine en cuivre étamé, des louches, passoires, chaudrons à confiture, marmites de tous calibres, «poissonnières», couteaux pour tous usages, chaufferettes en cuivre munies d'un manche en bois. On les garnissait le soir de cendres brûlantes avant de les glisser entre les draps des lits glacés. Il proposait également aussi bien des colifichets que des trousseaux de mariage. Oui, il pouvait offrir tout cela à la convoitise des maîtresses de maison. Il n'est pas négligeable de souligner que la plupart de ces bourgeoises aisées payaient leurs achats en louis d'or bien sonnants. Prudent, il en vérifiait toujours l'authenticité entre ses dents avant de les glisser dans sa sacoche de cuir. Les services en vermeil, que seuls les clients vraiment riches pouvaient acquérir, l'enrichissaient si soudainement qu'il partait alors faire la ribouldingue huit jours durant, jusqu'à ce qu'il ait tout dépensé ! Il jouait aux courses de chevaux puis finissait de dilapider son pactole avec les filles dans les maisons closes d'où il ne sortait pas parfois trois jours durant. Celle qui ne voyait jamais la couleur d'un louis d'or, c'était bien entendu la pauvre Anna - dont il était pourtant jaloux comme un tigre ! Pour faire vivre les quatre rejetons qu'il avait faits entre chacun de ses voyages, on conçoit aisément qu'Anna ait eu du mal à boucler ses fins de mois. «Surtout les vingt-huit derniers jours !» ainsi qu'ironisait maman quand elle évoquait ces noirs épisodes de sa vie de fillette. Par nécessité, plus que par plaisir, Anna avait donc «mis sur le tas» les deux aînés de ses enfants. C'est mon futur parrain Pierrot et ma future maman Claudia qui furent les heureux élus. Pierrot avait dix ans, sa soeur cadette n'en avait pas encore huit. Elle avait pour tâche de vendre de menus objets de couture de toute sorte : des épingles simples, ou coiffées d'une petite boule de couleur, des punaises en laiton, des aiguilles à tricoter longues ou courtes comme celles que même plantait dans son chignon, avec lesquelles elle faisait ses napperons au crochet. C'est cet humble éventaire de mercerie suspendu à son cou que Claudia exhibait sur son petit ventre de limande. Pierrot, auprès d'elle sur les champs de foire, proposait des lacets de toutes longueurs. Chacun trouvait son usage, des courts pour les chaussures, bien sûr, mais également des longs qui servaient de ceinture ou de bandoulière pour une musette, etc. Même, de son côté, vendait également de la mercerie et aussi - grande nouveauté -, des bas de soie. «Les mêmes qu'à Paris !» hurlait-elle. Il n'était pas rare que ses deux enfants fussent détroussés avant la fin de la journée, car les pickpockets pullulaient dès qu'il y avait de la foule. Anna tançait alors copieusement Claudia et Pierrot de s'être fait voler, quand elle ne les corrigeait pas. Ni son enfance, ni son mari ne lui avaient vraiment appris la douceur de vivre et la tendresse des gestes.
Dévalisés une fois sur trois, ces petits maladroits décidément ne rapportaient pas. Tel fût le triste constat de même.


Détails sur le produit

  • Relié: 114 pages
  • Editeur : Hoëbeke (26 octobre 2007)
  • Collection : PHOTO
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2842303016
  • ISBN-13: 978-2842303013
  • Dimensions du produit: 31 x 23,8 x 1,8 cm
  • Moyenne des commentaires client : 5.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (1 commentaire client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: 132.453 en Livres (Voir les 100 premiers en Livres)
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20 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile  Par Celine B. sur 23 novembre 2007
Format: Relié
Enfin un beau livre photo sur ce thème des petits métiers qui parle à chacun d'entre nous. On en découvre certains et on se régale de page en page.
Les photos sont signées de nos grands photographes humanistes du siècle dernier: Adget,Brassaï, Willy Doisneau.
Le texte de Pierre Perret est touchant et poétique.
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