LES PROMESSES DE L'OMBRE est dans la lignée de HISTORY OF VIOLENCE, précédent opus de Cronemberg. Un film court, sec, un film de genre, une mise en scène épurée, comparée au Cronemberg des années 80.
On rentre immédiatement dans l'histoire, grâce à quelques plans d'une grande concision. Depuis peu, Cronemberg filme à l'économie. Et cela lui va bien. Il a ce talent de mettre le spectateur dans une ambiance en quelques images, quelques gestes ou regards. Regardez cette scène où Naomie Watts frappe à la porte du restaurant. Quand cette porte s'ouvre, qu'elle rentre, on comprend de suite. Ce n'est pas un simple restaurant, c'est l'anti-chambre du diable. Et on comprend que ses ennuis ne font que commencer. Et que dire de l'apparition de Viggo Mortensen (époustouflant, lui aussi dans l'économie), noir vêtu, les mains gantées. Il suinte de cette stature une ambiguïté, avec laquelle Cronemberg jouera jusqu'au dénouement.
David Cronemberg a aussi ce talent de nous saisir, de nous faire rentrer dans son histoire. Encore une fois, par des scènes courtes, d'autant plus sublimées par les mouvements d'appareils élégants et la photographie, qu'elles décrivent des êtres froids, dangereux, sans morale ni scrupule. Le suspens est présent dès le départ, et cette tension ne nous lâchera plus pendant une heure trente. Cronemberg nous avait habitué à filmer des monstres, des hybrides, comme dans LA MOUCHE, EXISTENZ... Ici pas protubérances gluantes, de chairs putréfiées, ou de gynécologues bricoleurs. Mais des monstres, oui, sous l'habit d'humble patriarche, ou de fils à papa (Vincent Cassel impeccable, dont l'accent russe prend des intonations françaises parfois !). La violence est présente, sous-jacente, elle gronde, pour éclater brutalement dans un geyser de sang.
Je ne rentrerai pas dans le détail de l'histoire (un carnet retrouvé sur une fille mère morte en couche, récupéré par son infirmière pour retrouver la famille de la défunte), à vous de la découvrir. En peu de temps, Cronemberg raconte beaucoup de choses. C'est rondement mené, riche, passionnant, subtil. Très certainement un des meilleurs films de cet auteur canadien. Dans la dernière scène, on entrevoit un bébé. Petit morceau de chair, petit morceau d'humanité aussi. Un éclair d'espoir pour Cronemberg, une promesse de lumière...