Il y avait une fois un pays, des vies simples, des regards fatigués ou perdus qui aspiraient seulement à un horizon heureux ; il y avait aussi l'âpreté de la terre, la brutalité des hommes, la douleur du jour et l'ombre secourable d'un camphrier, parfois, pour jouer aux cartes et oublier les récoltes et la pauvreté - tout le talent de Nathacha Appanah est de nous donner à sentir cela, ces vies indiennes de la fin du XIX°, comme si elles devenaient nôtre, à travers une écriture transparente et précise.
Et voilà que cette vie nue et émouvante, elle parvient à la faire monter toute entière sur le bateau de l'Histoire, qui a pour nom l'Atlas, et qui emportera ces déportés dont on ne dit pas le nom vers une île, Maurice, qui y trouvera le visage qui est le sien aujourd'hui - des vies leurrées par un or promis mais qu'ils ne trouveront pas plus que le bonheur annoncé par les colons et les mensonges. Et sur ce bateau, nous y montons nous aussi, au fil d'une plume maîtrisée et contenue, qui déroule ses phrases sans jamais perdre la mesure de l'humain -toutes ces douleurs et ces espoirs qui, derrière nos grands airs et tous nos discours, sont aussi nos propres vies, sont ce que nous sommes, et le fonds ultime de toute vie.
Et nous amener si près de cette vérité est sans doute la magnifique réussite de ce roman et de cette jeune auteure, qui mérite une reconnaissance qui ne peut que venir, c'est évident. Il faut lire ce beau roman, le lire et le faire lire ! Car revenir à l'essentiel, à la mesure humaine de nos existences dispersées, dans un monde qui se perd et s'oublie, cela est de toute urgence.. Et par ce livre, Nathacha Appanah y contribue avec force et simplicité.
Stéfan & Bebetsizo