Les trois royaumes de John Woo est un film adapté d'un roman fleuve en plusieurs tomes de Louo Kouan Tchong, véritable Iliade chinoise qui constitue un classique de la littérature asiatique, assez difficile à lire compte tenu de sa longueur et de sa densité. Le film comme le livre relatent l'affrontement au début du 3è siècle après Jésus Christ des trois royaumes de Chine, Wei, Chou et Wou. Le royaume du Nord sous la férule de son premier ministre Cao Cao cherche à prendre le contrôle des royaumes du Sud et de l'Ouest. Cette lutte à mort est illustrée à travers les personnages du Nord, le froid et calculateur Cao Cao et ses généraux et amiraux, face à ses adversaires coalisés des autres royaumes, à travers leurs chefs militaires particulièrement doués et roués et leur conseiller stratégique symbolisant la sagesse et l'abnégation.
La version occidentalisée du film d'une durée de 2H26 environ se laisse voir sans problème du début à la fin. Les scènes de bataille sont impressionnates. Surtout, la mise au point de la stratégie et de la tactique de chaque adversaire et sa mise en oeuvre ultérieure sur le terrain sont très bien présentées. Les deux camps maîtrisent parfaitement les enseignements de Sun Tzu et rivalisent d'ingéniosité militaire en ayant tour à tour recours à la ruse, à l'espionnage, à l'utilisation de la fièvre typhoïde comme arme, aux forces du vent et à l'exploitation des sentiments amoureux du chef adverses pour retarder son attaque. Les forces en présence sont impressionnantes. Cao Cao revendique 800.000 hommes face à des armées coalisées de quelques dizaines de milliers d'hommes seulement qui doivent appliquer une stratégie du faible au fort particulièrement délicate et risquée. L'on se dit, au regard de l'avance dans l'art militaire dont bénéficiaient les armées des protagonistes qu'un affrontement avec les légions romaines de l'époque aurait sans doute tourné au désavantage de ces dernières.
Le film intéressera donc au plus haut point tout cinéphile aimant les films de guerre, tout amateur de stratégie ou de tactique ou encore de géopolitique. Du point de vue dramatique, il lui manque tout de même quelque chose pour accéder au rang d'oeuvre maîtresse du cinéma. L'on n'est pas emporté par le film comme on l'est en regardant Ran de Kurosawa par exemple. Ce que l'on peut reprocher au film, c'est un manque de souffle, de réflexion, de dépassement, d'approfondissement de la psychologie des personnages et de message.