Je n'avais jamais lu Yasmina Khadra. Je savais seulement que le pseudonyme, devenu quasiment mythique, avait permis à un militaire de l'arméee algérienne de publier des enquêtes sur la guerre civile, maquillées en thrillers.
J'ai ouvert 'Les Sirènes de Bagdad' un matin, et je l'ai refermé à la nuit en cherchant mon souffle. Pendant trois cents pages (pendant un an d'une vie), j'ai été littéralement projeté dans la peau du narrateur,un jeune Bédouin devenu terroriste pour venger son père humilié. J'entrais dans la mentalité d'un être d'une autre culture, dois-je dire que je le comprenais? Et sa souffrance, et la main que je tendais naïvement aux plus cyniques des manipulateurs...Etais-je acculé à la pire extrémité par lâcheté? Non ! Pour garder mon honneur !
Pas une minute, je n'ai eu le sentiment d'une fiction. Yasmina Khadra me portait à bout de bras, il me plongeait au coeur de la machine infernale, j'étais l'ôtage d'un obscurantisme qui est le masque de la mort. Mais il n'y avait plus "les bons" d'un côté, et "les méchants" de l'autre. De Bagdad à un Liban complètement actuel, j'étais, pour reprendre l'expression nietzschéenne, "au-delà du bien et du mal".
Ce livre m'a bouleversé : ce que Yasmina Khadra réussit à faire ressentir au plus profond de l'âme et du corps, on voudrait avoir les moyens de le dire ! Substituer à la folie des bombes le dialogue entre deux civilisations !