Robert Littell, père de Jonathan, l'auteur des "Bienveillantes", est un des meilleurs auteurs actuels de romans d'espionnage. Ce livre a pour thème la manipulation d'un transfuge : la CIA fait passer à l'Ouest un haut responsable de l'espionnage soviétique, mais elle va l'utiliser pour une opération dirigée contre l'URSS. A partir de ce bon argument se développe un scénario bien monté au départ mais souffrant de deux faiblesses. D'une part, il se complique inutilement par un jeu d'artefacts en forme de miroirs dans lequel le lecteur se perd et où toute densité psychologique indispensable au bon roman d'espionnage s'effondre peu à peu. On passe au thriller de bas de gamme. D'autre part, le déroulé de l'action souffre de plusieurs invraisemblances. Surprenantes de la part d'un grand maître de la construction dramatique et du monde du renseignement tel que Robert Littell, elles enlèvent de la crédibilité à une fiction dont les fondements étaient pourtant savamment dosés au départ. En résumé, la bonne purée mijotée à l'ancienne avec sa pointe de beurre et son tour de main de grand chef s'achève en bouillie informe qui laisse le lecteur au bord de l'indigestion. De Littell, lisez plutôt, ou relisez, "La Compagnie", "Légendes" ou "La Défection d'A.J. Lewinter".