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Les soldats de Salamine
 
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Les soldats de Salamine [Poche]

Javier Cercas , Elisabeth Beyer , Aleksandar Grujicic
4.6 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (8 commentaires client)
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Descriptions du produit

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Voilà la fiction entrée dans l'histoire ou l'histoire se jouant de la fiction. À coups d'anecdotes, de tours et de détours, de propos recueillis. Des propos, des bribes que voudraient mettre à plat et à jour un jeune journaliste. La première histoire est celle de la guerre civile espagnole, tirant à sa fin, en janvier 1939. Les troupes républicaines en déroute se replient vers la France. Dans cette retraite sonnant la triste défaite, une dernière exécution massive de soldats fascistes est organisée. Parmi eux, Rafael Sanchez Mazas, écrivain réputé, l'un des fondateurs de la Phalange. Dans la débandade générale et le brouhaha de la fusillade, il échappe aux tirs croisés, se réfugie dans la forêt. Un milicien à ses trousses le retrouve réfugié dans un trou, le regarde, longuement, l'observe puis hurle : "Par ici, il n'y a personne" et s'en retourne. Mazas survivra plusieurs jours dans la forêt, se nourrissant de ce que lui donnaient les fermiers alentour. Échapper à la mort deux fois suffit pour construire une légende. Quelque soixante ans plus tard, intrigué par ce regard échangé entre ces deux hommes, le journaliste entreprend donc de reformer un puzzle éclaté. À travers ce récit, voilà la guerre civile qui remonte, avec ses lâchetés de part et d'autre. Mais, au-delà de la restitution historique, fresque formidable à la hauteur de L'Espoir de Malraux, Les Soldats de Salamine est un remarquable exercice romanesque, qui voit le narrateur se battre avec son texte, hésiter, reprendre, lutter avec ses incertitudes, ses moments de déprime, ses instants de soulagement, ses difficultés à tenir son lecteur en haleine. C'est donc tout le processus de création qui est en cause ici, avec l'air de ne pas y toucher, et qui fait de ce texte une œuvre originale, divertissante sinon ludique et puissante. --Céline Darner --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Extrait

C’est à l’été 1994, voilà maintenant plus de six ans, que j’entendis pour la première fois parler de l’exécution de Rafael Sánchez Mazas. Trois choses venaient alors tout juste de m’arriver : la première fut la mort de mon père, la deuxième, le départ de ma femme, la troisième, l’abandon de ma carrière d’écrivain. Mensonge. La vérité, c’est que, de ces trois choses, les deux premières sont on ne peut plus exactes ; contrairement à la troisième. En réalité, ma carrière d’écrivain n’avait jamais véritablement démarré, si bien qu’il m’aurait été difficile de l’abandonner. Il serait plus juste de dire qu’à peine entamée je l’avais abandonnée. En 1989, j’avais publié mon premier roman. Tout comme le recueil de nouvelles paru deux ans auparavant, le livre fut accueilli dans une indifférence notoire, mais ma vanité et le compte rendu élogieux d’un ami de l’époque s’allièrent pour me convaincre que je pouvais devenir romancier et que, pour ce faire, il valait mieux quitter mon travail à la rédaction du journal afin de me consacrer pleinement à l’écriture. Le résultat de ce changement de vie fut cinq ans d’angoisse économique, physique et métaphysique, trois romans inachevés et une épouvantable dépression qui me cloua pendant deux mois dans un fauteuil, devant la télévision. Fatiguée de payer les factures, y compris celle des funérailles de mon père, et de me voir pleurer devant le poste éteint, ma femme me quitta alors que je commençai à peine à reprendre le dessus et, ainsi, je n’eus d’autre remède que d’oublier pour toujours mes ambitions littéraires et de demander ma réintégration au journal. Je venais d’avoir quarante ans mais par bonheur — soit parce que je ne suis pas un bon écrivain, sans être un mauvais journaliste pour autant, soit, plus probablement, parce qu’à la rédaction personne n’était disposé à faire mon travail pour un salaire aussi modique que le mien — on accepta ma demande. On m’affecta aux pages culturelles, là où on affecte ceux qu’on ne sait où affecter. Au début, et dans l’intention non avouée mais évidente de punir ma déloyauté — vu que, pour certains journalistes, un collègue qui renonce au journalisme pour passer au roman n’est ni plus ni moins qu’un traître — on m’obligea à faire de tout sauf à aller au bar du coin chercher le café du directeur et seuls quelques rares collègues s’abstinrent de sarcasmes ou de piques à mes dépens. Le temps devait atténuer mon infidélité : je me mis très vite à rédiger des billets, à écrire des articles, à faire des interviews. Ce fut ainsi qu’en juin 1994 j’interviewai Rafael Sánchez Ferlosio, qui donnait alors un cycle de conférences à l’université. Je savais que Ferlosio était extrêmement réticent à parler avec les journalistes mais, grâce à un ami (ou plutôt à une amie de cet ami qui avait organisé le séjour de Ferlosio dans la ville), je réussis à lui faire accepter de discuter un moment avec moi. Il serait en effet excessif d’appeler cela une interview ; si c’en était bel et bien une, elle serait la plus bizarre que j’aie jamais faite de ma vie. Ferlosio commença par apparaître à la terrasse du Bistrot, entouré d’un nuage d’amis, de disciples, d’admirateurs et de thuriféraires ; ces circonstances, liées à la négligence de son vêtement et à un physique qui mêlait inextricablement une allure d’aristocrate castillan honteux de l’être à celle d’un vieux guerrier oriental — la tête puissante, les cheveux poivre et sel ébouriffés, le visage dur, émacié et ingrat, le nez sémite et la barbe ombrant les pommettes —, invitaient tout observateur non averti à le prendre pour un gourou au milieu de ses adeptes. Qui plus est, Ferlosio refusa net de répondre à une seule de mes questions, alléguant que dans ses livres il avait déjà donné les meilleures réponses dont il fût capable. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne voulait pas parler avec moi, au contraire : comme s’il cherchait à démentir sa réputation d’homme bourru (mais peut-être que celle-ci manquait de fondement), il fut on ne peut plus cordial, si bien qu’en discutant nous ne vîmes pas passer l’après-midi. L’ennui, c’est que si j’essayais pour ma part de sauver mon interview en lui demandant son opinion (disons) sur la différence entre personnages de caractère et personnages de destin, lui s’en tirait en me répondant par une digression (disons) sur les causes de la défaite de la flotte perse lors de la bataille de Salamine ; de même, quand je tentais de lui extirper une opinion (disons) sur les fastes du cinquième centenaire de la conquête de l’Amérique, lui me donnait une réponse qu’illustraient force gestes et détails, relative au (disons) bon usage de la varlope. La discussion se solda par un épuisant chassé-croisé et ce ne fut qu’à la dernière bière de cet après-midi-là que Ferlosio raconta l’histoire de l’exécution de son père, cette histoire qui m’a tenu en haleine durant ces deux dernières années. Je ne me souviens ni par qui ni comment le nom de Rafael Sánchez Mazas fut mentionné (peut-être par l’un des amis de Ferlosio, peut-être par Ferlosio lui-même). Je me souviens pourtant que Ferlosio raconta ceci : – On l’a exécuté tout près d’ici, dans le sanctuaire du Collell. Il me regarda. — Y êtes-vous déjà allé ? Moi non plus, mais je sais que c’est à côté de Banyoles. C’était à la fin de la guerre. Le 18 juillet l’avait surpris à Madrid et il avait dû se réfugier à l’ambassade du Chili, où il a passé plus d’un an. Vers la fin de 1937, il s’en est enfui pour quitter Madrid, camouflé dans un camion, peut-être avec l’intention de rejoindre la France. Mais il a été arrêté à Barcelone et, tandis que les troupes de Franco entraient dans la ville, on l’a emmené au Collell, tout près de la frontière. C’est là qu’il a été exécuté. Il s’agissait d’une exécution massive, probablement chaotique, puisque la guerre était déjà perdue et que les républicains fuyaient à la débandade par les Pyrénées, aussi, je ne crois pas qu’ils aient su qu’ils étaient en train d’exécuter l’un des fondateurs de la Phalange, qui plus est ami personnel de José Antonio Primo de Rivera. Mon père conservait à la maison la pelisse et le pantalon qu’il portait au moment de la fusillade, il me les a souvent montrés, il est possible qu’ils y traînent encore ; le pantalon était troué parce que les balles ne l’avaient que frôlé et il avait profité de la confusion du moment pour courir se cacher dans la forêt. De là, réfugié dans un trou, il entendait les chiens aboyer et les tirs et les voix des miliciens à ses trousses qui savaient qu’ils ne pouvaient perdre trop de temps à le rechercher, car les franquistes les talonnaient. A un moment donné, mon père a entendu dans son dos un bruit de branches, il s’est retourné et a vu un milicien qui le regardait. C’est alors que quelqu’un a crié : "Il est par là ?" Mon père racontait que le milicien était resté à le regarder quelques secondes et qu’ensuite, sans le quitter des yeux, il avait crié : "Par ici, il n’y a personne !", puis il avait fait demi-tour et était parti. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Présentation de l'éditeur

Le 22 janvier 1939, l'écrivain Rafael Sànchez Mazas, un des idéologues fondateurs de la Phalange, échappe au peloton d'exécution des troupes républicaines en déroute qui fuient vers la frontière française. Un soldat le découvre caché derrière des buissons et le pointe de son fusil. Il le regarde longuement dans les yeux avant de crier "Par ici, il n'y a personne!".
Soixante ans plus tard, le narrateur, un journaliste, prépare un article sur la mort du poète républicain en exil, Antonio Machado, survenue à la même date, de l'autre côté des Pyrénées. La symétrie des événements le trouble; comme s'il y avait là un mystère à percer qui permette de comprendre les fondements de cette guerre fratricide. Il entreprend de rechercher les acteurs, pour transformer cette histoire en roman, l'Histoire en fiction. Le corpus rassemblé lui permet de présenter une biographie du personnage, qui pourrait expliquer comment une poignée d'hommes cultivés et raffinés a pu entraîner son pays dans une furieuse orgie de sang. Le manuscrit est prêt mais décevant car il manque de véritable perspective. Au cours d'une entrevue avec l'écrivain chilien Roberto Bolano, lui-même exilé et témoin direct de la défaite de la démocratie dans son pays, surgit la figure providentielle d'un vieux soldat, Miralles, qui incarne la bravoure absolue et qui, à la faveur de l'évocation d'un anodin pasodoble , pourrait être le soldat héroïque.

Dans sa maison de retraite à Dijon, le vieillard raconte ses souvenirs de guerre: les camps d'Argelès, la Légion étrangère et huit années de lutte sans relâche à travers l'Afrique et l'Europe contre la barbarie fasciste. Est-il le soldat héroïque ? L'homme refuse de répondre car il ne veut incarner seul le courage d'une poignée de soldats anonymes. Donnant à entendre à quel point l'identité du soldat inconnu relève de la simple anecdote historique, le récit pointe alors l'essentiel : il n'y a pas de héros vivants et les actes de bravoure ne se racontent pas. Il nous incombe "seulement" de ne pas oublier cette poignée d'hommes qui ont su par instinct, en des circonstances extrêmes, privilégier la force d'âme, ne jamais oublier, comme l'a dit Oswald Spengler, que c'est toujours un peloton de soldats qui, au dernier moment, sauve la civilisation. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Quatrième de couverture

Dans les derniers jours de la guerre civile espagnole, l'écrivain Rafael Sanchez Mazas, un des fondateurs de la Phalange, échappe au peloton d'exécution des troupes républicaines en déroute grâce à un soldat qui, bien que l'ayant vu, lui laisse la vie sauve. Soixante ans plus tard, un journaliste s'attache au destin des deux adversaires qui ont joué leur vie dans un seul regard et entreprend de recueillir des témoignages pour transformer cette histoire en fiction.
Roman-document qui a bouleversé l'Espagne et connu une carrière internationale, ce livre est porté par une réflexion profonde sur l'essence même de l'héroïsme et sur l'inéluctable devoir de réconciliation.
Il a été adapté au cinéma par David Trueba.

L'auteur vu par l'éditeur

Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l’université de Gérone. Il est l’auteur de deux romans et d’un recueil de récits. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Excerpted from Les Soldats de Salamine by Javier Cercas, Elisabeth Beyer. Copyright © 2002. Reprinted by permission. All rights reserved.

C’est à l’été 1994, voilà maintenant plus de six ans, que j’entendis pour la première fois parler de l’exécution de Rafael Sánchez Mazas. Trois choses venaient alors tout juste de m’arriver : la première fut la mort de mon père, la deuxième, le départ de ma femme, la troisième, l’abandon de ma carrière d’écrivain. Mensonge. La vérité, c’est que, de ces trois choses, les deux premières sont on ne peut plus exactes ; contrairement à la troisième. En réalité, ma carrière d’écrivain n’avait jamais véritablement démarré, si bien qu’il m’aurait été difficile de l’abandonner. Il serait plus juste de dire qu’à peine entamée je l’avais abandonnée. En 1989, j’avais publié mon premier roman. Tout comme le recueil de nouvelles paru deux ans auparavant, le livre fut accueilli dans une indifférence notoire, mais ma vanité et le compte rendu élogieux d’un ami de l’époque s’allièrent pour me convaincre que je pouvais devenir romancier et que, pour ce faire, il valait mieux quitter mon travail à la rédaction du journal afin de me consacrer pleinement à l’écriture. Le résultat de ce changement de vie fut cinq ans d’angoisse économique, physique et métaphysique, trois romans inachevés et une épouvantable dépression qui me cloua pendant deux mois dans un fauteuil, devant la télévision. Fatiguée de payer les factures, y compris celle des funérailles de mon père, et de me voir pleurer devant le poste éteint, ma femme me quitta alors que je commençai à peine à reprendre le dessus et, ainsi, je n’eus d’autre remède que d’oublier pour toujours mes ambitions littéraires et de demander ma réintégration au journal.

Je venais d’avoir quarante ans mais par bonheur — soit parce que je ne suis pas un bon écrivain, sans être un mauvais journaliste pour autant, soit, plus probablement, parce qu’à la rédaction personne n’était disposé à faire mon travail pour un salaire aussi modique que le mien — on accepta ma demande. On m’affecta aux pages culturelles, là où on affecte ceux qu’on ne sait où affecter. Au début, et dans l’intention non avouée mais évidente de punir ma déloyauté — vu que, pour certains journalistes, un collègue qui renonce au journalisme pour passer au roman n’est ni plus ni moins qu’un traître — on m’obligea à faire de tout sauf à aller au bar du coin chercher le café du directeur et seuls quelques rares collègues s’abstinrent de sarcasmes ou de piques à mes dépens. Le temps devait atténuer mon infidélité : je me mis très vite à rédiger des billets, à écrire des articles, à faire des interviews. Ce fut ainsi qu’en juin 1994 j’interviewai Rafael Sánchez Ferlosio, qui donnait alors un cycle de conférences à l’université. Je savais que Ferlosio était extrêmement réticent à parler avec les journalistes mais, grâce à un ami (ou plutôt à une amie de cet ami qui avait organisé le séjour de Ferlosio dans la ville), je réussis à lui faire accepter de discuter un moment avec moi. Il serait en effet excessif d’appeler cela une interview ; si c’en était bel et bien une, elle serait la plus bizarre que j’aie jamais faite de ma vie. Ferlosio commença par apparaître à la terrasse du Bistrot, entouré d’un nuage d’amis, de disciples, d’admirateurs et de thuriféraires ; ces circonstances, liées à la négligence de son vêtement et à un physique qui mêlait inextricablement une allure d’aristocrate castillan honteux de l’être à celle d’un vieux guerrier oriental — la tête puissante, les cheveux poivre et sel ébouriffés, le visage dur, émacié et ingrat, le nez sémite et la barbe ombrant les pommettes —, invitaient tout observateur non averti à le prendre pour un gourou au milieu de ses adeptes. Qui plus est, Ferlosio refusa net de répondre à une seule de mes questions, alléguant que dans ses livres il avait déjà donné les meilleures réponses dont il fût capable. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne voulait pas parler avec moi, au contraire : comme s’il cherchait à démentir sa réputation d’homme bourru (mais peut-être que celle-ci manquait de fondement), il fut on ne peut plus cordial, si bien qu’en discutant nous ne vîmes pas passer l’après-midi. L’ennui, c’est que si j’essayais pour ma part de sauver mon interview en lui demandant son opinion (disons) sur la différence entre personnages de caractère et personnages de destin, lui s’en tirait en me répondant par une digression (disons) sur les causes de la défaite de la flotte perse lors de la bataille de Salamine ; de même, quand je tentais de lui extirper une opinion (disons) sur les fastes du cinquième centenaire de la conquête de l’Amérique, lui me donnait une réponse qu’illustraient force gestes et détails, relative au (disons) bon usage de la varlope. La discussion se solda par un épuisant chassé-croisé et ce ne fut qu’à la dernière bière de cet après-midi-là que Ferlosio raconta l’histoire de l’exécution de son père, cette histoire qui m’a tenu en haleine durant ces deux dernières années. Je ne me souviens ni par qui ni comment le nom de Rafael Sánchez Mazas fut mentionné (peut-être par l’un des amis de Ferlosio, peut-être par Ferlosio lui-même). Je me souviens pourtant que Ferlosio raconta ceci :

– On l’a exécuté tout près d’ici, dans le sanctuaire du Collell. Il me regarda. — Y êtes-vous déjà allé ? Moi non plus, mais je sais que c’est à côté de Banyoles. C’était à la fin de la guerre. Le 18 juillet l’avait surpris à Madrid et il avait dû se réfugier à l’ambassade du Chili, où il a passé plus d’un an. Vers la fin de 1937, il s’en est enfui pour quitter Madrid, camouflé dans un camion, peut-être avec l’intention de rejoindre la France. Mais il a été arrêté à Barcelone et, tandis que les troupes de Franco entraient dans la ville, on l’a emmené au Collell, tout près de la frontière. C’est là qu’il a été exécuté. Il s’agissait d’une exécution massive, probablement chaotique, puisque la guerre était déjà perdue et que les républicains fuyaient à la débandade par les Pyrénées, aussi, je ne crois pas qu’ils aient su qu’ils étaient en train d’exécuter l’un des fondateurs de la Phalange, qui plus est ami personnel de José Antonio Primo de Rivera. Mon père conservait à la maison la pelisse et le pantalon qu’il portait au moment de la fusillade, il me les a souvent montrés, il est possible qu’ils y traînent encore ; le pantalon était troué parce que les balles ne l’avaient que frôlé et il avait profité de la confusion du moment pour courir se cacher dans la forêt. De là, réfugié dans un trou, il entendait les chiens aboyer et les tirs et les voix des miliciens à ses trousses qui savaient qu’ils ne pouvaient perdre trop de temps à le rechercher, car les franquistes les talonnaient. A un moment donné, mon père a entendu dans son dos un bruit de branches, il s’est retourné et a vu un milicien qui le regardait. C’est alors que quelqu’un a crié : "Il est par là ?" Mon père racontait que le milicien était resté à le regarder quelques secondes et qu’ensuite, sans le quitter des yeux, il avait crié : "Par ici, il n’y a personne !", puis il avait fait demi-tour et était parti. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

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