Rose ne s’appelle pas vraiment Rose, mais on s’en moque un peu. Après tout, elle aurait pu se prénommer Donovan, mais le nom était déjà pris. Elle a été institutrice, mais c’est fini, elle vit aujourd’hui (comme nous, mais avec une guitare en plus), et est la compagne d’un chanteur, Bensé, mais cela, c’est complètement hors sujet.
A moins qu’on ne se situe en fait exactement au cœur de la cible de ce deuxième album, où l’on parle des genoux écorchés des petites filles, de
Sgt. Pepper’s, ou de ces familles de province, étouffantes à force de tendresse. Bref, de tout ce qui fait que Rose est Rose, et pas nous. La frange bien lisse de l’histoire dissimule donc des souvenirs, qui s’écoulent entre les doigts comme autant de grains de sable (
« Comment c’était déjà »), des fenêtres sur cour désenchantées (
« De ma fenêtre »), et tous ces gens qui ont l’impolitesse de mourir avant vous. Certains échos sont troublants : comment, au murmure de « J’m’en fous, j’ai 18 ans/Vous aimeriez en dire autant », ne pas battre le rappel de « Je suis vieille et je vous encule » de l’immense Brigitte Fontaine ?
Certains écrits sont branlants (
« Quitte moi »), car tout le monde n’est pas Gainsbourg dans la maîtrise de l’allitération, mais attendrissant, tout de même. Et certaines histoires, joliment journalistiques,
(« Yes We Did », ou 2008 comme si vous y étiez), font bonne figure au côté de l’immarcescible
« Inventaire 66 » de Michel Delpech. Alors, voilà, c’est l’histoire d’une jeune femme qui a saisi sa guitare électrique, a composé treize chansons, et s’est entouré de quelques amis qui aiment tout autant la délicatesse acoustique d’un Georges Moustaki, la sophistication de l’ombre des Beatles donc, ou les larmes des violons en discrètes lampées, ou la mélancolie du jazz de la Nouvelle-Orléans.
Et, avec le tout, Rose a peint des rayons de soleil dans ses jours. Alors, de
« Ma corde au clou » à
« Comme un marin », on a écouté, et en avons convenu : ces contes de fée qui s’achèvent dans la poussière du quotidien, cette peur du matin qui vient, et cette préférence réitérée pour l’incertitude du clair-obscur, et, partant, la défiance vis-à-vis des certitudes, sont un peu les nôtres.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story