Les trésors de la Mer Rouge/ Romain Gary
Années 1970'.Dans un style toujours aussi beau, inimitable et poétique, Romain Gary nous emmène en aventure à Djibouti et son arrière pays désolé de laves et de pierres noires calcinées par un soleil de plomb, pour nous offrir une galerie d'hommes, de femmes, d'esclaves et de prostituées. On y rencontre non seulement des héros anonymes, médecin, infirmier, instituteur, rêveurs mégalomanes, mais aussi hélas la lie de la terre, des sous hommes qui gravent leur nom et leur passage sur les pauvres corps des jeunes filles abyssines . Une fresque étonnante et bouleversante d'une centaine de pages seulement.
Et puis en observateur attentif et sensible au cours de ses incessantes pérégrinations, RG se fait le chantre passionné de l'Islam originel sur fond de tableaux couleur sépia.
Il exprime aussi son point de vue sans concession sur la colonisation : « Que le colonialisme ait été un échec, pour le constater, il suffit de parcourir l'Afrique indépendante. » Nostalgique des hauts faits d'armes de l'armée française, Koufra, Dien Bien Phu, Algérie, RG va rencontrer d'autres nostalgiques, et même des fous qui n'ont pu se réinsérer dans la vie civile après ces batailles, victoires ou défaites, mémorables.
Et je reparle de ce style unique. Passage sur la misère et le malheur qui frappent les populations: « Le père Sourane assiste sans parler de son Dieu ceux qu'il a bien fallu laisser mourir de leur mort d'insectes et aide à poser sur cette matière que l'on veut bien appeler « terre » ces cercles de pierre qui signaleront à travers les âges les tombes éternelles de l'éphémère' »
Les Trésors de la Mer Rouge, ce sont tous ces personnages hors du commun et le regard millénaire d'une petit fille que RG va rencontrer tout au long de ce récit passionnant où même le fabuleux complot ourdi par la Chine contre l'Occident est mis en scène avec humour.
Je n'ai pu m'empêcher de penser aux célèbres prédécesseurs de RG aventurés dans ces contrées plus hospitalières qu'on ne l'aurait imaginé, du moins à cette époque : Rimbaud, Monfreid et Kessel.
Magnifique : à lire absolument.