Je me demande bien comment le commentateur qui a parlé d'un "bon filon" a lu ce livre, et au travers de quelles "lunettes" il en a capté le contenu. Cet ouvrage contient de véritables perles qui pourraient figurer en exergue de travaux philosophiques. Par exemple, s'agissant de l'utilisation d'un miroir pour sonder l'avenir, voici un propos du maître chamane Enkhetuya rapporté par Corine Sombrun: "Je ne parle pas du présent dans lequel ton mental croit être en ce moment. Le présent auquel je fais référence, celui symbolisé par l'envers du miroir, est l'instant entre deux pensées. Trouver les clés de ce présent, c'est ouvrir l'instant non mesuré, donc infini, dans lequel, par exemple, te plonge la transe."
Les quelques allusions à la modernité, par exemple les fringues ou la voiture, tiennent bien peu de place à côté de ce riche contenu. Elle servent surtout à montrer toute la difficulté qu'il peut y avoir à concilier cette modernité avec un chamanisme authentique. C'est d'ailleurs, du côté de la Mongolie, une expérience vécue aussi par la chamane de l'ethnie tsaatane Enkhetuya qui doit, pour tenir compte de l'évolution de la demande occidentale, faire face à un afflux de touristes qui croît de manière exponentielle, et se retrouve confrontée avec la question de l'argent qui se met tout à coup à abonder, avec toutes les tentations qui l'accompagnent.
Ce livre est peut-être moins dépaysant, moins rassurant, à cause de ce heurt de plein fouet avec la culture occidentale tentaculaire. Mais c'est tout le problème auquel est confronté actuellement le chamanisme qui est exposé ici, ainsi que le réel danger qu'il perde son sens et sa force. Alors merci à Corine Sombrun de jouer le rôle de passeur entre cette culture ancestrale et la nôtre.