Les tentatives d'adaptations au cinéma du mythe vampirique dans un contexte moderne ont rarement été des réussites. Depuis Dracula, le vampire n'est vraiment à l'aise que dans un contexte gothique ancien, macabre et mystérieux.
Mais il faut admettre que Les Vampires de Salem est une belle exception à cette règle. Malgré son caractère bucolique et ensoleillé, la petite bourgade américaine où se situe l'action prend rapidement une allure très inquiétante, grâce au talent de Tobe Hooper.
Il faut dire que cette adaptation de Stephen King utilise sans réserve tous les éléments déjà présents dans le Dracula de Bram Stoker. On peut même associer à chaque personnage du film son équivalent dans le roman de Stoker. Dracula c'est bien sûr Barlow, mais l'on retrouve aussi Harker dans Ben Mears, Renfield évidement dans Starker, Mina et Lucy sont représenté par les frères Glick, et Van Helsing apparaît sous les traits du prêtre, mais aussi sous ceux du jeune Mark qui, l'un comme l''autre, apporte la connaissance pour combattre le mal.
On retrouve également les scènes typiques des adaptations de Dracula : L'agence immobilière fournissant la demeure inquiétante (ici ça n'est par Carfax, mais Marsden House), la supplique du vampire qui demande à entrer la nuit chez sa victime, la croix apposée sur le front de la goule qui en garde la trace carbonisée, la précipitation finale alors que le jour décline, ou encore la décomposition accélérée du vampire, réalisée par superposition d''images, comme à la grande époque de la Hammer.
Le film reste donc très classique par bien des aspects. Mais le génie de Tobe Hooper est d'avoir intégré dans cette histoire de vampire les éléments horrifiques « post-Exorciste ». Les attitudes, les regards, les voix, l'apparence (bleutée) des vampires, évoquent nettement l'épouvante malsaine de l'œuvre de William Friedkin. On est loin d'un Bela Lugosi, ou d'un Christopher Lee capables de séduction. Les vampires sont outrancièrement morbides, bien plus que dans le roman de Stephen King où le terrible Barlow est davantage humain.
On a souvent attribué la chute de la Hammer à la sortie de l'Exorciste ; il faut croire que Hooper a retenu la leçon.
Il est intéressant de noter que la même année Werner Herzog réalisa son remake du Nosferatu de F. W. Murnau, dont le vampire servit également de modèle à Tobe Hooper. C'est aussi en 1979 que John Badham réalisa sa version de Dracula, dans un style très différent.
S'agissant de cette édition DVD, elle est élémentaire (pas de bonus), mais elle a l'essentiel : la version longue de 183 min (2 DVD), avec une très bonne image. En plus, elle était à 6€49 au moment où je l'ai commandée.