Il nous restitue ses impressions justes et profondes de la ville de Marrakech en 1953 -le Maroc est encore sous protectorat français- tirées de ses notes de son séjour marocain de plusieurs semaines ; c'est en quatorze courts chapitres, chacun sur un thème précis -comme "Les souks", "La femme derrière la grille", "La calomnie", etc- qu'il nous émerveille par ses dons exemplaires d'observation et par un regard sensible et fin d'étranger de passage, on le suit à travers les venelles de la cité, dans les odeurs enivrantes des bazars, croisant des femmes indistinctes et silencieuses, des mendiants geignants, des gosses en cris et jeux, un marabout étrange, des chameaux en souffrance, des habitants collants ou d'une dignité rare, il brocarde aussi l'arrogance vulgaire de certains occupants et d'autres tout droit sorti de
Casablanca une faune cosmopolite et d'une étrangeté fascinante comme dans son chapitre "Shéhérazade"... ce petit livre de 122 pages est aussi un précis presque philosophique d'un voyageur au regard extrêmement réceptif et sensible .
"(...)Au cours des semaines qu j'ai passées au Maroc, je n'ai essayé d'apprendre ni l'arabe ni aucun dialecte berbère. Je ne voulais rien perdre de la puissance exotique des cris. Je voulais être touché par les voix telles qu'elles sont par elles-mêmes et n'en rien affaiblir par un savoir artificiel et insuffisant.(...)" p27
Et pour la formule à propos des minarets "(...)Ils ressemblent à des phares qui seraient habités par une voix." p38
Je le conseille.