Guillem Morales l'a assez martelé dans les interviews qu'il a accordés à la presse : non, Les Yeux de Julia ne doit pas être considéré comme un giallo pur souche ! Et pourtant, à y regarder de plus près, le long-métrage a suffisamment d'atomes crochus avec le fameux genre d'exploitation italien pour que l'on puisse opérer de sérieux rapprochements entre les deux. D'ailleurs, son excellente introduction en forme de triple référence au giallo (les yeux de la jeune femme, la pendaison, et la fétichisation de l'appareil photo nous renvoyant respectivement à L'au-delà de Lucio Fulci, La Baie sanglante de Mario Bava et Ténèbres de Dario Argento) n'est-elle pas une manière comme une autre de se poser en fils spirituel ? Un descendant qui, pedigree espagnol oblige, n'hésite pas à aller chasser sur les terres un peu moins défrichées du féminisme et du romantisme, question d'aérer quelque peu son thriller de base.
Pour autant, si le mélange des genres peut déboucher sur de grands millésimes, celui que nous propose Les Yeux de Julia est malheureusement trop inégal pour pouvoir prétendre incarner la relève du polar à l'italienne. En voulant absolument atteindre la durée des 110 minutes, une durée sans doute excessive au vu de la relative minceur du postulat, le long-métrage a tendance à s'embourber dans quelques fâcheuses longueurs qui ralentissent sérieusement son efficacité. A ce titre, la dernière partie - presque exclusivement consacrée aux motivations de l'assassin, lesquelles ont le mérite de tenir la route, voire même de constituer une parabole sociale pertinente sur le poids des apparences dans notre société - paraît assez pataude, l'affrontement sanglant entre Julia et son agresseur prenant la forme d'un duel assez académique placé sous le joug de Dario Argento, pillé sans vergogne et dans les moindres détails... le déboussolement des sens et le jusqu'au-boutisme freudien en moins. Mais ne noircissons pas trop le tableau, à défaut d'être un film aussi novateur qu'Amer, Les Yeux de Julia se savoure comme un néo-giallo visuellement très soigné (la photo et la réalisation témoignent d'un goût prononcé pour les belles choses) et impeccablement interprété (après L'Orphelinat, Belén Rueda prouve encore une fois qu'elle a l'étoffe d'une grande, traduisant à merveille la panique d'une jeune femme chamboulée par la perte progressive de sa vue) qui parvient régulièrement à nous intriguer au gré de quelques images et musiques flirtant avec le fantastique, autre composante majeure du giallo. Décidément, la comparaison semble inévitable.
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