Titre original : "Blindfold", Philip Dunn, 1966, Couleur, bonne copie.
Ce film - déjà excellement commenté par D.André et Olivier Comte -, plutôt qu'un "thriller implacable" comme l'annonce abusivement la jaquette, est une parodie très réussie, dont le tragi-comique va crescendo, ironisant sur l'"espionite" chronique de la société américaine des années 60, sur une obsession du secret qui paralyse les différents service de la défense nationale, sur la psychiâtrie pour névrosés de Madison Avenue, et même sur les films d'espionnage eux-mêmes, mais tout cela très gentiment.
C'est très bien filmé, dans un technicolor feutré, qui ne reflète pas du tout la lumière crue et presqu'agressive de New York, mais lui confère quelque chose d'irréel, d'étranger à ce qui s'y passe et qui participe au mystère. Reposant sur les rondes épaules de Claudia Cardinale et celles bien carrées de Rock Hudson, très à l'aise dans ce personnage solide et sarcastique, on y trouve de bons seconds rôles, ironiquement caractérisés : le général Pratt ("appelez-moi George !"), obsédé paranoïaque du cloisonnement, la secrétaire de Rock, Smithie, archiviste des amours mouvementées de son patron ("je ne sais pas où l'on va, alors je veux savoir d'où l'on vient..."), l'agent du FBI bégayeur et mégalo, ou encore l'inspeceur de deuxième classe convaincu que son avancement est bloqué par un "complot"...
Un bon moment de cinéma à voir plutôt en VOST, comme toujours, pour ne pas manquer l'accent italien de Claudia, délicieux, et les roulements de tonnerre lointain dont résonne la voix de Rock.