Le livre d'Alain Supiot expose très clairement la stratégie du néolibéralisme, conduite depuis les années 80 en Europe, et ses conséquences, que nous sommes en train de vivre pleinement à l'heure actuelle : appauvrissement des salariés, des états, au profit des représentants de la frange la plus riche de la population, à travers les entreprises dont ils sont les actionnaires ou les dirigeants.
Extrait (p.24) " Dans la Déclaration de Philadephie, l'économie et la finance sont des moyens au service des hommes. C'est la perspective inverse qui préside à l'actuel processus de globalisation : à l'objectif de justice sociale a été substitué celui de la libre circulation des capitaux et des marchandises, et la hiérarchie des moyens et des fins a été renversée. (...) Au lieu d'indexer l'économie sur les besoins de l'homme et la finance sur les besoins de l'économie, on indexe l'économie sur les exigences de la finance et on traite les hommes comme du "capital humain" au service de l'économie."
Voilà, tout est dit dans dans cette phrase et Alain Supiot s'emploie à le démontrer, de manière lumineuse, avec des mots simples, sans recourir à l'émotif et sans aucune agressivité, ce qui est méritoire.
Le problème des néo-libéraux, c'est que maintenant (mai 2010) ils commencent à être découvert. Et que leurs armes traditionnelles, manipuler les opinions, manipuler le langage (la régression sociale appelée "réforme" et présentée comme une nécessité inéluctable pour le progrès, pour ne prendre qu'un exemple) commencent à ne plus fonctionner. Grâce à des gens comme Alain Soupiot. Reste à tenter de le discréditer : il n'est pas un économiste. Sous-entendu, il n'a pas droit à la parole. Il n'a pas compris le dogme, il n'est pas admis dans le clergé néo-libéral. Cela dit il ne se prétend pas économiste. Il est professeur de droit, et à ce titre, les droits humains l'intéressent. Version néolibérale : c'est un conservateur qui veut empêcher le monde de s'enrichir grâce aux plus riches, en voulant défendre des acquis indéfendables car d'une autre époque (avoir un toit, manger à sa fin, disposer d'un travail justement rémunéré).
Serait-il un mauvais économiste ? Si l'économie consiste à ne pouvoir suivre que la voie unique que le néolibéralisme tente de nous imposer : il faut que les riches s'enrichissent pour créer de la richesse pour tous, c'est clair, il n'a rien compris et son livre mérite d'être brûlé. Maintenant si l'économie (étymologiquement, les lois de la maison") consiste à définir l'argent comme un moyen humaniste d'échange et de développement, à coup sûr il est un véritable économiste.
Sont expliqués dans ce livre la manière dont les plus aisés profitent des législations et des droits sociaux dont ils tirent un bien meilleur parti que les plus faibles; la mise en concurrence des états sur le critère des contraintes législatives (le moins-disant voire le moins regardant étant évidemment le gagnant); l'enrichissement personnel lié aux privatisation des services publics, et surtout pourquoi les ex-communistes se sont ralliés si facilement aux dogmes néolibéraux, ce que M Thoreux dans sa critique appelle "les prétendues noces du communisme et de l'ultralibéralisme". Sauf qu'elles ne sont pas prétendues, elles sont démontrées. Ainsi peut-on voir d'un autre œil l'entrée à marche forcée dans la Communauté Européenne de nombre de pays de l'ex bloc de l'Est, dont le but est loin d'être humaniste, contrairement à ce qu'on pourrait penser naïvement.
On a coutume de dire que l'Histoire jugera. Si, comme je l'espère, cette parenthèse néolibérale touche à sa fin, c'est parce que la prise de conscience des citoyens face à la régression sociale aura permis de remettre les pendules à l'heure, et de renvoyer dans leurs buts les quelques dizaines de milliers de personnes qui se partagent les richesses qui nourriraient des millions de précaires et de pauvres. Et cette prise de conscience passe par la lecture de livres comme celui-ci.
Et je dis bien la parenthèse néolibérale. Car contrairement à ce que veulent nous faire croire ses thuriféraires, à savoir que ce dogme est la seule vérité possible, et qu'elle s'impose à tous, pour les siècles des siècles, amen, d'autres mondes sont possibles. D'autres civilisations ont vécu sans bourse des valeurs, sans PDG valant 300 fois plus qu'un autre être humain. On les connaît encore grâce à la trace qu'elles ont laissé dans l'histoire, grâce à leurs œuvres artistiques, grâce à leurs philosophes, à leurs conteurs. Le néolibéralisme fera 2 pages dans les livres d'histoire (qui aura été remise au programme de terminale scientifique) pour décrive la tentative de prise de pouvoir d'une oligarchie égocentrique cupide et avide, sur la démocratie, c'est à dire sur le droit des peuples à vivre libres et heureux.
Ce livre se lit rapidement, il est passionnant, il est accessible à tous (sans doute un gros défaut pour ses contempteurs !)
Retrouvez votre cerveau disponible : lisez-le au lieu de passer 3 soirées insipides devant votre téléviseur !