Avant, j'aimais PJ Harvey d'un amour fou. Avant, on parle des années 90 là, je croyais presque que c'était un génie. Et surtout, la voir hurler à plein poumon vêtue de sa robe rouge et de ses bottes sur la scène de l'Olympia, seule avec sa guitare 'Lick my legs i'm on fire, lick my legs of desire', ça marque son homme. Encore plus que ses talents de songwriter, peut-être. En fait ça me fait tout drôle rien que d'y repenser. Ca me laisserait presque sec et sans voix. Est-ce du désir ? Vite, de l'eau. (le jeu dans cette chronique est de retrouver toutes les références aux chansons de Polly Jean, Uh Oh, fastoche hein ? )
Pourtant, après l'exceptionnel
To Bring You My Love, peut-être le point d'orgue de sa discographie j'avais bien l'impression, à contre cœur m'être débarrassé d'elle. La sortie de ses premières
The Peel Sessions (1991-2004) avait ravivé la flamme en un contraste saisissant avec l'ennui morose que provoquait en moi sa discographie du moment. De rockeuse, PJ était devenue "artiste" (les guillemets sont de rigueur) et je ne m'intéressais plus à elle.
J'aurais pourtant du la croire quand elle me soutenait intensément 'you're not rid of me' et un truc comme quoi j'allais devoir lécher ses blessures. Considéré de prime abord avec une certaine circonspection, Let England Shake a fini par m'ensorceler et me hanter peu à peu. Il n'y a rien d'extraordinaire à décrire dans ces chansons assez lentes, à la tonalité sombre, aux textures assez classiques, aux textes hantés par la guerre et l'Angleterre. Pourtant, sans le vouloir, nous voilà happés, emportés par des mélodies singulières et séduits par les arrangements toujours malins de John Parish, complice de toujours et Mick Harvey, déserteur des Bad Seeds. Des samples inattendus de musique orientale, de reggae ou de clairon s'incrustent et donnent une dimension un peu mystérieuse à ces compositions parfaites pour ces soirées d'hiver brumeuses où les paysages semblent prendre vie, à nos dépens.
Malgré son atmosphère envoutante, et s'il peut prétendre à une place de choix parmi mes disques préférés de 2011 (mais je n'en écoute pas tant que ça de bons, en fait), ce Let England Shake ne me fera je crois jamais autant d'effet qu'un
Dress ou un
Sheela-na-gig