Jusque là, Let It Be n'était pas tenu en grande estime : soi-disant massacré par les arrangements de Phil Spector, il livrait, soi-disant encore, le témoignage implacable de l'agonie sans joie d'un groupe à la dérive. Trente années plus tard, McCartney, qui n'avait jamais pu digérer la trahison spectorienne, reprend les choses et les bandes en main, dégraisse tout, élague, remixe, ré-ordonne, et nous livre sa version des choses. Et voilà, surprise, le vilain petit canard de la discographie beatlesienne en devient un des plus beaux cygnes. Que les choses soient claires : les puristes en seront pour leurs frais, et les changements effectués sont absolument considérables. Des titres se voient écartés du programme, et le track-listing est entièrement chamboulé. Mais surtout, quant aux orchestrations, c'est bien de révolution qu'on peut parler. On pourra toujours multiplier les jeux pour distinguer les différences avec les versions originales, on perdra vite pied : car pour dire les choses vite, loin d'une vaine resucée à fins mercantiles, ce qu'on entend ici est franchement inédit. Et, là est l'essentiel, parfaitement enthousiasmant. Car certes, les mélodies et les paroles, sont les mêmes. Mais les chansons, reconduites à leur nudité originelle, n'en brillent qu'avec plus d'intensité. Loin d'être reconduites à l'état de pale esquisse, certaines d'entre elles accèdent même à une tout autre dimension, bien supérieure, et il n'est pas jusqu'à leur ambiance qui ne sorte métamorphosée de ce bain lustral. En bref, on n'y reconnaît plus ses petits, et c'est tant mieux. Alors, s'il ne s'agira sûrement pas de jeter la précédente mouture aux orties, il importera surtout de ne pas passer son chemin et de mépriser celle-ci. Let It Be 2: meilleur disque de 2003.