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Si les trois premiers opus d'AC/DC ne faisaient pas précisément dans la dentelle,
Let There Be Rock les voit passer du lance-pierres au fusil à pompe. Toujours produits par la paire Vanda et Young, qui se garde bien de polir leur son rocailleux, Malcolm et Angus Young bâtissent ici une rigoureuse architecture de riffs boogie-blues qui donnent une irrésistible envie de taper du pied et d'empoigner une guitare imaginaire. La recette peut sembler évidente, mais il faut l'énergie démesurée du gang et la verve égrillarde de Bon Scott pour qu'elle prenne toute sa saveur. Inspiré autant par la Bible (le morceau-titre, libre interprétation de la Genèse appliquée au rock'n'roll) que par les groupies ("Crabsody In Blue" ou l'immense "Whole Lotta Rosie"), le chanteur se surpasse et mérite de partager la vedette avec les solos hérissés comme une horde de porcs-épics qu'Angus Young arrache à sa guitare. Réjouissant !
-- Thierry Chatain
Critique
Le premier album du groupe à bénéficier d’une publication internationale simultanée, mais encore une dernière fois avec une version australienne différente. Le coquin
« Crabsody In Blue » a été remplacé par une version écourtée de
« Problem Child » déjà présent sur
Dirty Deeds… Le célèbre logo AC/DC avec l’éclair y est inauguré (avec un lettrage différent sur la copie australienne). Sorti en pleine vague punk, il s’est aussitôt dégagé du lot ; le premier grand album du groupe est aussi l’un des meilleurs albums de rock ‘n’ roll de l’histoire. Album de la consécration européenne aussi. Enregistré en quinze nuits de janvier 1977, ce manifeste contient la quintessence d’AC/DC ; aucune faiblesse, aucun temps mort, aucune redite, trois accords définitifs, des intros et des tempos terriblement excitants, un échafaudage rythmique unique, et tout simplement le meilleur chanteur de rock ‘n’ roll de son époque. Une fois posé sur la platine ou introduit dans le lecteur, comment arrêter ce déluge incandescent et crasseux qu’on ne retrouve que lors des concerts. La barre est à sa hauteur maximum et seul AC/DC a fait aussi bien depuis.
Le
très coquin
« Go Down » débute l’album en fanfare et immortalise l’une des nombreuses conquêtes féminines de Bon Scott, l’Australienne qu’il surnomme « Ruby Lips », tout comme l’ultime morceau
« Whole Lotta Rosie » une autre, plus « enveloppée ». Le sexe est donc omniprésent, et aussi l’hommage à la musique qui les fait vibrer et vivre :
« Let There Be Rock » (amen…), prétexte lors des concerts de l’incursion d’Angus Young dans la foule ; d’abord suivi par un roadie qui maintient le câble de sa guitare, seul parfois ensuite lorsqu’il découvre le micro hf, puis sur une estrade à rallonge dans les stades. Et
« Dog Eat Dog » (les gens sont méchants, il ne faut compter que sur soi), alors finalement l’enfer n’est pas un endroit si désagréable (
« Hell Ain’t A Bad Place To Be ») surtout si les guitares d’Angus et de Malcolm y rugissent à l’unisson comme ici. Et le boogie du mauvais garçon est lui prétexte à un premier strip tease d’Angus sur scène, torse nu. Si l’on doit mesurer les qualités de tous les disques du genre, c’est à l’aune de celui-ci qu’il faut le faire, et d’aucun autre. A ne pas confondre avec le film du même titre tourné à Paris le 9 décembre 1979 et dont la bande son est disponible dans le coffret
Bonfire.
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