Si Dostoïevski est russe, son texte fait montre d'une minutie et d'une précision d'horlogerie suisse quand à la mécanique des sentiments, des états d'âmes. Les m½urs d'un ancien temps, le style (tout en virgules, tirets, répétitions, dont l'adverbe "brusquement" ressassé à longueur de page, parfois dans la même phrase) sont surannés et donnent un contours imprécis à cette histoire de vengeance, mais l'acuité du regard de l'auteur et sa finesse d'esprit sont tout bonnement réjouissants ! Que dire de cette formidable scène, le passage le plus long du roman, cet après-midi au jardin des Zakhlebinine, cette innocence et ce paradis perdu de l'enfance momentanément retrouvés, des lignes dignes des plus beaux élans juvéniles de Twain ? A lui seul, ce chapitre constitue déjà une prouesse littéraire. Et si on ne comprend pas toujours exactement le sens profond de l'½uvre, la morale s'il devait y en avoir une, on est quand même tenu en haleine jusqu'à la dernière page. Idéale première lecture pour aborder le Maître.