Pour son premier giallo, Sergio Martino (La queue du scorpion, La montagne du dieu cannibale) frappe très fort, signant un spécimen peu orthodoxe qui fait honneur au genre ! Placée sous le signe de l'érotisme le plus torride (la plastique parfaite de la sublime Edwige Fenech est mise à toutes les sauces !), la première partie de son long-métrage fait preuve d'une déviance qui n'est pas sans rappeler celle du Corps et le fouet de Mario Bava, l'évocation de la relation sadomaso entre Julie Wardh (Edwige Fenech) et le ténébreux Jean (Ivan Rassimov) nous renvoyant à celle qui unissait le cruel Kurt Menliff à la délicate et perverse Nevenka, deux personnages "mythiques" du bis rital.
Et c'est donc fort logiquement que l'on peut s'exclamer : "Un giallo, oui, mais pas que ça !". En colorant sa traditionnelle enquête policière - d'ailleurs très bien menée - de plusieurs éléments fantasmagoriques, Sergio Martino emmène le giallo un peu plus loin que ce qu'on a l'habitude de voir. Pur objet du désir, la sculpturale Edwige Fenech nous envoûte tel un cobra dès les premières images, sa féminité, son ambiguïté morale (en voilà une qui aime à souffrir, mi-ange, mi-salope !), ses doutes et ses traumas nous plongeant dans une torpeur doucereuse qui agit sur nous telle une catharsis. Le réveil se fera brutalement par le meurtre de sa meilleure amie, assassinée dans un parc (une séquence presque identique à celle de Quatre mouches de velours gris... en mieux). Commence alors une enquête douloureuse monopolisée par la présence d'un criminel maléfique - ganté et tout de noir vêtu comme le veut la tradition - qui va saisir toutes les occasions pour éliminer la jeune femme, une cible parfaite à bien des égards. Élégamment mis en scène, pervers et inquiétant à souhait - rarement le sexe et la peur auront fait aussi bon ménage -, L'étrange vice de Mme Wardh fonctionne à tous les niveaux ; à la fois excitant pour les sens, le coeur et l'esprit, le film faisant appel à ses sentiments qui brassent en permanence le chaud et le froid, l'amour et la haine, la répulsion et la fascination. Il n'empêche que le cahier des charges du giallo pur et dur est lui aussi rempli. Et de la plus belle des manières ! A l'image de ce très étonnant épilogue, qui le temps de quelques minutes, nous fait basculer dans le petit monde délicieux du surréalisme. Un excellent cru.
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