Oui, il s'agit d'une édition de morceaux choisis, et non des plus choquants. L'ironie, le sarcasme n'en sont cependant pas absents, et à travers les lettres badines jaillissent des éclairs illuminant de manière crue le sordide autant que le dérisoire. Ce livre est un témoignage historique, qu'on le veuille ou non, et pour les motifs suivants.
Témoignage du sordide tout d'abord: 1/ de la femme, bien que noble, qui est mariée par son père à un homme qu'elle n'a jamais vu pour une alliance politique qui ne durera pas, qui est dépossédée de sa dot par un contrat de mariage, qui essuie cabale sur cabale et qui refuse le couvent autant que d'utiliser son corps comme la Montespan; de la femme-objet, de la femme vouée à procréer 2/ des hommes de cour, adonnés à la boisson, au jeu, aux orgies, et certains ne cachant pas leur préférence pour leurs "jeunes pages" (sic);pédophilie donc parfaitement assumée et notoire à la cour du roi très-chrétien Louis XIV; 3/ des protestants luthériens et calvinistes persécutés après la révocation de l'Édit de Nantes, contraints à l'exil ou à la conversion forcée (dragonnades): luthérienne convertie de force au catholicisme, la Princesse Palatine essaiera toujours de pratiquer selon sa foi propre, et d'aider du mieux qu'elle pourra ses coreligionnaires; 4/ du roi de France, jouet consentant de la Maintenon et des hommes d'Église, ignorant la Bible, casant ses bâtards pour consolider les possessions du roi de France et prompt à la guerre. S'il n'eut pas de fronde, il eut à déclarer la guerre et à la faire de gré ou de force en moyenne tous les 4 ans...Notamment en ravageant le Palatinat... 5/ de la France, ruinée par le train de vie royal, de la famille royale, de la cour du roi, des guerres de succession, et vidée des protestants qui étaient nombreux dans l'industrie et l'artisanat.
Étant un colifichet, la Princesse Palatine donne aussi à voir le dérisoire: elle reste une noble préoccupée de son rang, elle se moque des impératifs de l'étiquette auxquels elle se plie pourtant, se plaint de son train de vie osant se voir "pauvre" (sic), attendant les étrennes du roi comme un chien son sucre.
Témoignage des polémiques religieuses: sur le jansénisme, sur le quiétisme, sa correspondance avec Leibnitz; sa vision luthérienne de la France catholique de 1672 à 1722 est précieuse
Le monstrueux: cette correspondance partielle recèle des éclairs d'antisémitisme pourtant banal sous Louis XIV: à la raugrave Louise, sa demi-s½ur, elle écrit le 11/02/1716 de Paris : "...Je suis vraiment désolée que la peste règne à Celle. Les juifs qui l'y ont apportée méritent d'être punis...". Il y a aussi les assassinats à la cour dont la Princesse se fait l'écho, le plus souvent par empoisonnement; son aversion pour les Anglais pourrait aussi être proverbiale. Enfin, la déplorable médecine de l'époque, que ne cesse de vilipender avec férocité la Princesse Palatine, qui préfère suivre son instinct et les habitudes de sa jeunesse allemande.
Pour toutes ces raisons, si ce recueil est incomplet (10 000 lettres de correspondance en réalité), le choix est assez vaste pour voir tous ces aspects analysés par la Princesse Palatine. Il fait d'elle non une figure aimable, mais une observatrice dont les lettres constituent une chronique des mentalités sous le règne de Louis XIV, et le mythe du Roi-Soleil dispensateur de paix, de prospérité et de santé prend des estocades.
Parce que partiel, ce recueil sera utile pour les historiens des mentalités de l'époque moderne, en particulier de la position de la femme même dans la haute société, dont la petite vérole sera un des présents emblématiques.
On regrettera l'absence de tableaux généalogiques, auxquels se substituent des notes indispensables en bas de page, qui rendent la compréhension parfois difficile.