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La Leyenda Del Tiempo est au flamenco ce que
Giant Steps de Coltrane est au jazz : un disque culte. Si, associé à Paco de Lucia, Cameron de La Isla donna au chant flamenco une force jamais atteinte auparavant (à écouter : "Castillo de Arena"), avec
La Leyenda Del Tiempo c'est une véritable révolution qu'il opère. En introduisant dans sa musique des instruments comme la guitare électrique ou la batterie, son flamenco se confronte au jazz et au rock cassant la "sacralité" du style et offrant ainsi une ouverture musicale. Une brèche était ouverte dans laquelle s'engouffreront de nombreux artistes avides de nouvelles explorations musicales. Sur des textes de Federico Garcia Lorca, la voix déchirée du gitan Camaron s'enflamme et atteint des sommets d'émotion jusqu'alors inexplorés. Mort à l'age de 41 ans d'une overdose, Cameron reste depuis
la voix légendaire du flamenco et l'un des rares chanteurs à avoir conquis le public hors de l'Espagne. Une voix incontournable pour un disque légendaire.
--Thomas Boudrant
Critique
Déjà star en Espagne depuis une dizaine d'années, Camarón de la Isla a développé son style propre aux côtés du guitariste virtuose Paco de Lucia. Il est littéralement touché par la grâce en 1979, en enregistrant La Leyenda del Tiempo qui va changer à jamais la face du flamenco.
Cette fois, c'est Tomatito qui officie à la guitare, cet ancien élève de Paco de Lucia devient le nopuveau compère de Camarón de la Isla qu'il accompagne jusqu'à sa fin. La Leyenda del Tiempo contient cinq textes de Federico Garcia Lorca, admirablement chantés par la voix vibrante de Camarón de la Isla, véritable véhicule de l'âme gitane, andalouse et espagnole. Pour clore le chapitre des participations à ce sublime album, il faut citer l'apport essentiel de Kiko Veneno dans la composition de quatre des titres.
Ce casting de rêve suffit à faire un album exceptionnel, ce qui en fait un album novateur et révolutionnaire, c'est la présence sur l'album d'instruments électriques. Certes le rock andalou mélange déjà des apports de flamenco avec du rock importé des pays anglophones, mais là c'est Camarón de la Isla le plus grand chanteur de son époque qui donne le signal du changement.
La messe est dite dès « La Leyenda del Tiempo » où Camarón de la Isla transcende le texte de Federico Garcia Lorca avec un chant dans le style jaleo d'Extremadure. « Homenaje a Federico » se contente d'une buleria, bizarement éclairée sur sa fin par l'arrivée d'instruments électriques. « Mi niña se fue a la mar » brise le coeur des plus endurcis avec son chant typique de la région de Cadix.
« La tarara », à l'origine le titre le plus classique de l'album, est en fait l'un des plus novateurs en empruntant de bout en bout une orchestration rock, le titre traditionnel devient du flamenco rock, sacrilège suprême. . « Volando Voy », écrit par Kiko Veneno, devient un classique du flamenco moderne, repris jusqu'à Manu Chao. La chair de poule s'empare du pauvre auditeur lorsque Camarón de la Isla évoque sa chère « Bahia de Cadiz » (Baie de Cadix).
Que dire de « Nana del Caballo Grande » et son introduction à la sitar qui vient opportunément rappeler les origines orientales de l'arabo-andalou, Camarón de la Isla s'y transforme en muezzin, sa voix vole, plane, tourbillonne, du très grand art. Avec La Leyenda del Tiempo les possibilités du flamenco s'avèrent infinies, l'essentiel restant l'intensité des sentiments véhiculés par cette musique directement arrachée au coeur des hommes.
Les ventes de La Leyenda del Tiempo sont ridicules - comme celles de nombreux chefs d'oeuvre - par contre son influence est déterminante pour l'évolution du flamenco et une entrée dans la modernité qui l'a sauvé du musée. Quand à Camarón de la Isla, déjà adulé, c'est sa place au Panthéon qu'il gagne avec l'enregistrement de ce qui est l'un des plus grands albums du flamenco et de la musique du monde.
François Alvarez - Copyright 2012 Music Story