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5.0 étoiles sur 5
De la poésie, de l'humour, de l'émotion. Magnifique !, 15 octobre 2010
Quand on a découvert Pierre Jourde, on ne peut plus se passer de lire tous ses livres : voici l'écrivain du XXI ème siècle tant attendu.
"L'heure et l'ombre" est le roman de la nostalgie mélancolique, où la vie rêvée s'est arrêtée à l'ombre d'une petite fille dont s'est épris le narrateur quand il était lui aussi enfant.
Sa hantise est de la retrouver, en retournant à Saint Savin, là où il passait jadis ses vacances.
On sera d'abord surpris par l'étrange parcours et les péripéties, nombreuses, qui semblent autant d'hésitations et d'explications pour arriver au but.
Des personnages sortant de l'ombre, fantomatiques, dont on se demande s'ils sont réels ou imaginaires, semblant tour à tour être des doubles d'autres personnages, servent de support à l'histoire, en apportant du mystère et de l'acuité à cette atmosphère onirique . Le lecteur se laisse volontiers emporter par cette rêverie, ce besoin de retourner au passé coûte que coûte mais qui se poursuit néanmoins dans un présent qui se dérobe toujours. D'ailleurs, tous les personnages se dérobent eux-mêmes, comme pris dans une ombre, comme s'ils n'étaient pas dans l'heure présente. Qui est donc cette Sylvie, si belle, parfaite et envoûtante dont s'est épris le narrateur ? Et qui sont donc tous ces personnages, qui nous entraînent dans un labyrinthe incompréhensible ?
En même temps, on découvrira la griffe habituelle de Pierre Jourde et son humour, quand il fait la critique des tracas de l'Administration, du Rap, et de certains chanteurs, des enfants rois sublimés par leurs parents. Des pages splendides sur la mer, une réflexion acérée sur les maisons de retraite, un regard ému sur les personnes âgées, des pensées philosophiques profondes sur la faiblesse de l'être et son impossibilité à atteindre la perfection, une analyse parfait du sentiment amoureux. La dernière partie du roman est d'une splendeur peu commune, sur le plan formel, d'une part, et le coup de théâtre, d'autre part, met enfin la lumière sur toute cette ombre, sur toutes ces ombres du passé et du présent.
On referme le livre. On l'ouvre de nouveau. On veut relire. On ne se lasse pas. On revient sur les plus beaux passages. On les apprend par coeur, car ils sonnent comme des alexandrins célèbres.
Vous trouverez des phrases d'une intense poésie, vous trouverez en Pierre Jourde votre double.
C'est d'ailleurs un des sujets favoris de l'auteur : le double. Et, dans "L'heure et l'ombre", les personnages se confondent et se retrouvent, se délèguent des tâches, comme s'il y avait une heure propice et l'ombre d'un passé qui s'inscrit dans une éternité emplie d'une lumière tamisée, discrète, où dort et s'éveille tranquillement l'amour.
Un magnifique roman d'amour, moderne, original, étonnant.
Bref, du Jourde. Rien d'autre.
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4.0 étoiles sur 5
Nostalgie d'un amour d'enfance, 21 mars 2009
Pierre JOURDE, que je considère comme l'un des écrivains français majeurs de notre temps, nous sensibilise, avec le regard impitoyable qu'il porte sur notre société et ses dérives, à différents sujets comme la marginalité et la pauvreté en milieu rural (un de ses thèmes chers), la précarité de la vie étudiante, les "charmes" de la médecine de campagne, la grande médiocrité de la presse régionale et la complexité du rapport amoureux. C'est toujours de la grande littérature, décapante à souhait, mais on est parfois largué par tant d'érudition (j'ai du sortir plusieurs fois le dictionnaire : qui connait, entre autres, le qualificatif d'hypnagogique, à propos de rêverie...). C'est un peu énervant de devoir se lever en pleine nuit ou de prévoir d'apporter le dictionnaire à portée de mains quand, comme moi (et sans doute une grande partie des lecteurs) on profite de ses insomnies pour se cultiver et accessoirement retomber dans les bras de Morphée (cliché!).
Cependant, cette multitude de thèmes fait un peu fourre-tout et le livre n'a pas la force, ni la violence des 2 chefs d'oeuvre que sont "Pays perdus" et "Festins secrets" (que tout futur professeur se devrait d'avoir lu!).
Pierre JOURDE s'assagirait-il avec les ans ? En tout cas, je reste un inconditionnel pour la qualité de l'écriture ainsi que la concision et la force de certains passages (notamment la description jouissive de l'enfant-roi, dénommé ironiquement "le poème", du couple chez lequel le personnage principal du roman est invité, à l'occasion d'un dîner).
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