N.Offenstadt s'est fait connaître par son ouvrage irréprochable sur "les fusillés de la grande guerre et la mémoire collective", qui abordait cette question des rapports histoire/mémoire avec précision, excluant les passions de son exposé. il anime, avec entre autres G.Noiriel, le "CVUH", comité de vigilance face aux usages pulics de l'histoire.
Ici, il se lance dans l'essai réactif (je ne parlerai pas de pamphlet), avec les mêmes armes. Dans une prose simple et directe -qui n'exclut pas les notes en bas de pages, gage d'un "appareil scientifique" universitaire.
Après une introduction bien charpentée, questionnant les rapports entre pouvoir, histoire et mémoire, rappelant les différentes "mises en scènes de l'histoire" qui se sont succédées dans notre beau pays, l'auteur se lance dans une chronique du "sarkozysme historique", entre 2007 et 2009 :
Guy Môquet, ou comment détacher un texte de son contexte, pour construire un "héros" national à des fins de "cohésion nationale".
A l'opposé, l"anti-repentance", exprimée par le sémillant Hortefeux, qui organisa à Vichy une conférence sur l'asile, et proférant face aux critiques (du choix du lieu) : "ras le bol de cette histoire du passé". Tout un programme.
D'autres avatars du nouveau "roman national" sont décortiqués : le dernier poilu, les fusillés de la grande guerre, Charlemagne comme premier européen (????).
Puis l'auteur devient cruel (mais juste) envers ses congénères, historiens organiques ou tout simplement aux ordres : Kaspi (auteur du rapport du même nom) et P.Nora. (D'autres, comme Gallo, deviennent de simples "polygraphes"). Ceux-ci participent à la construction d'une mythique unité de l'histoire française, téléologie que l'on croyait disparue avec la 3ème république. Ce qui les amène à s'élever contre les mémoires conflictuelles (la colonisation, l'esclavage, etc). Et à dénoncer les lois mémorielles (Taubira, Gayssot)comme des entraves au libre exercice de l'historien, dégagé des contingences politiques du moment. Contradiction difficile à justifier.
L'ouvrage s'achève sur l'inévitable "identité nationale", conclusion logique du "sarkozysme historique", construction hasardeuse et opportuniste.
Celà dit, sur cette question, il faut passer à G.Noiriel ("Qu'est-ce que l'identité nationale", chez Agone), pour une argumentation plus convaincante.