Jeune romancière new-yorkaise particulièrement en vogue, Nicole Krauss, qui assure avancer dans l'écriture d'un roman sans suivre aucun plan ni savoir où elle va, parle à ce sujet d'aimless unspooling (dévidage sans but).
Autant dire que la lecture de L'hisoire de l'amour, son second roman, paru aux États-Unis en 2005 et couronné l'année suivante en France par le prix du meilleur roman étranger, le confirme amplement, tant l'emporte le sentiment d'une navigation hasardeuse.
Livre sur le livre, par enchâssement de différents récits, des années trente à nos jours, et de la Pologne au Chili, d'Israël à New York, et sur les livres (leur écriture, leur édition, leur destin), L'histoire de l'amour fait se succéder à un rythme soutenu, et avec force remplissage, de courtes séquences censées relancer en permanence l'intérêt.
Hanté par la Shoa, le roman, qui utilise ponctuellement l'hébreu ou du yddish non traduit, aborde les thèmes douloureux de la perte et de l'exil, de la solitude et de l'oubli. En contrepoint, un certain goût du farfelu, de l'incongru, du trivial même, replace du côté de la vie, du corps et de la satisfaction de ses besoins. Par exemple aux cabinets :
"Je suis parvenu à lâcher quelques petites crottes de chèvre. Il n'est pas impossible que je meure sur la lunette,
pantalon autour des chevilles."
Il serait injuste de dénier à l'auteure un réel don d'observation (nombre de mini-notations pertinentes) comme un sens du poétique. Mais le parti-pris d'originalité du roman, dont plusieurs pages qui ne comportent que quelques mots sont presque blanches, peine à convaincre, son caractère délibérément décousu ne manquant pas de décontenancer et même de sérieusement agacer, voire de décourager le lecteur, en permanence tenté de se reporter à la quatrième de couverture pour saisir le pitch.
On pourra s'irriter d'insupportables tics d'écriture (les mots « Et pourtant » ou « Mais » collés entre deux points tenant lieu de phrases, de façon répétitive) ou s'étonner dans la traduction française de curieux "mazette" carrément old-fashionned.