Modianolâtre, je reconnais que si je devais faire partager ma passion à quelqu'un qui n'aurait encore jamais rien lu de cet auteur, je ne lui conseillerais pas « L'horizon ». Dans « L'horizon », Modiano se pastiche... paresseusement. Mais s'il se mettait à faire du Catherine Pancoll, que dirait-on ? Modiano est le premier conscient que depuis pas mal d'années il tourne en rond ; il rêve, dit-il, d'avoir le « champ libre », de trouver un « second souffle », d'aborder « quelque chose de nouveau » - mais... ça ne marche pas. Alors Modiano en Ajar ce n'est pas pour demain. Tant pis. Aimons-le tel qu'il est. Dans la répétition. Petit cours de Modiano : hormis les livres situés pendant l'Occupation (ses meilleurs ?), Modiano nous parle de jeunes gens sans repères, sans passé, dont l'avenir très incertain se façonne au hasard de rencontres dans le Paris des années 60. Le héros masculin de tous les romans de Modiano, c'est... Modiano lui-même (si l'on veut en savoir plus on lira « Un pedigree ») qui a répété cent fois que s'il n'avait pas trouvé, très jeune, sa voie dans l'écriture, il aurait pu mal tourner. Moi j'ai commencé (il y a plus de 30 ans) par « Villa triste », et après je ne l'ai plus lâché. Modiano, c'est une atmosphère, de l'absence, du flou, des creux, des non-dits... C'est comme un retour sur le passé avec une mémoire qui flanche... C'est au lecteur de combler les blancs, de chasser la brume (ou de se perdre dedans). Encenser « L'horizon » est un non-sens. Idolâtrer Modiano, une nécessité... Un conseil : ne pas commencer par la fin ; si l'on veut s'initier à Modiano, on peut lire « Memory lane », « Les boulevards de ceinture », « De si braves garçons »...