Le grand et regretté Evgueni Svetlanov ne se contentait pas dêtre lun des plus brillants représentants de lécole russe de direction dorchestre, faisant de chaque concert un véritable événement tellurique. Il se distinguait également de la plupart de ses collègues par létendue incroyable de son répertoire, dont il fit bénéficier le public parisien à plusieurs reprises pendant les dernières années de sa vie. Après un mémorable premier disque Scriabine-Debussy, la collection Radio France senrichit aujourdhui de lune des soirées les plus marquantes de lère Svetlanov. Le 27 novembre 1998, à la salle Pleyel, il menait lOrchestre Philharmonique de Radio France au triomphe dans la création française de la Deuxième Symphonie de Sergeï Mikhaïlovitch Liapounov. Ce compositeur bien méconnu, élève de Taneïev et de Balakirev, voulait faire de louvrage un hommage aux grands symphonistes russes du siècle précédent : dans ses mélopées orientalisantes, ses couleurs vives, son sens dun destin implacable, passent en effet les ombres de Rimski-Korsakov et de Tchaïkovski. On peut considérer cette vaste fresque de près dune heure, achevée en décembre 1917 dans les circonstances dramatiques de la Révolution, comme un adieu ambigu à un monde en train de sombrer. Et, de fait, Liapounov, mort en exil parisien le 8 novembre 1924, ne devait jamais entendre sa symphonie au concert. Ce nest quen 1951 quelle fut créée, par lOrchestre Philharmonique de Leningrad sous la direction dun jeune chef nommé Evgueni Svetlanov. Naïve