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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Une certaine déception...,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'idée de justice (Poche)
Certes, l'érudition de Sen est époustouflante ; surtout, on admire son aptitude, sur telle ou telle question, à mobiliser les références utiles à sa présentation. Sa capacité d'analyse est aussi remarquable : il parvient à rendre compte de telle thèse, de tel débat, avec beaucoup de profondeur. Beaucoup de qualités donc, dans ce livre, et il serait bien présomptueux de le négliger.Pourtant, à sa lecture, je n'ai pu m'empêcher de ressentir une certaine déception. Il est vrai, la déception est toujours à la mesure des attentes et il se disait beaucoup de bien de cet ouvrage. Le spécialiste des idées politiques, Alain-Gérard Slama n'avait-il pas déclaré sur France-Culture que ce livre était le plus important sur la Justice, depuis la fameuse « Théorie de la Justice » du philosophe John Rawls ? C'est peut-être effectivement le cas, d'ailleurs, mais alors au prix d'un certain caractère indigeste - je rejoins l'autre commentateur sur ce point - qui ne nous fait pas ressortir de cette lecture avec l'enthousiasme que suscite la découverte de certaines pensées. Les préliminaires sont longs, très longs. Franchement, j'ai failli abandonner à la fin de la deuxième partie, après 273 pages dans lesquelles la thèse de l'auteur n'apparaît guère clairement. L'on sait dès le départ qu'il ne se situera pas dans l'approche de « l'institutionnalisme transcendantal », laquelle aide à penser ce que doit être une société la plus juste possible - c'est notamment la visée de Rawls -, et qu'il choisit pour sa part une optique comparatiste axée sur les comportements réels, mais il faut véritablement attendre la troisième partie avec sa présentation des capabilités - l'apport déjà bien connu de Sen - pour que sa propre conception soit mise en avant. Malgré cela, subsistent des répétitions à n'en plus finir. Par exemple, l'idée d'« impartialité ouverte » - le fait d'associer à la réflexion sur la justice des points de vue extérieurs à l'espace directement concerné - est, certes, une idée importante, mais y revenir avec une telle récurrence - à de nombreux endroits dans les différentes parties - ne s'imposait guère. En revanche, avec un tel « pavé », au titre générique ambitieux « L'idée de justice », on s'attendait à ce que certaines questions soient abordées ou traitées plus en profondeur et ce n'est pas le cas. Quelques exemples. Sur les enjeux de responsabilité vis-à-vis des générations futures, sur un principe telle que la « précaution » - autant de thèmes que les problèmes écologiques actuels rendent essentiels dans une perspective de justice -, on ne trouve quasiment rien dans le livre (cinq pages environ, très générales, sur le développement durable). On aurait aimé aussi des développements plus conséquents sur les principes qui légitiment tel ou tel discours de justice : en fait, l'exemple donné au début du livre (« les trois enfants et la flûte »), repris en quatrième de couverture, met en appétit, mais il ne débouche guère sur une analyse des principes légitimateurs des différentes formes de justice et des modalités possibles de leur conciliation. On pouvait attendre beaucoup aussi de la thématique de la justice dans un cadre mondial et c'est vrai que Sen introduit cette importante question. Cependant, je trouve que le livre en reste à des généralités et que des questions majeures sont éludées : jusqu'à quel point peut-on appliquer la justice ailleurs que chez soi ? Que penser du devoir (ou du droit) d'ingérence ? Comment définir la justice en regard de la générosité ? La justice peut-elle être appliquée en dehors d'un cadre de souveraineté ? (une question traitée par le philosophe Thomas Nagel et qu'évoque Sen, mais vis-à-vis de laquelle il n'expose pas vraiment sa propre position). Je précise aussi que le titre du dernier chapitre « La justice et le monde » est très trompeur : on s'attend à une poursuite des réflexions sur le thème de la justice à l'échelle mondiale, alors qu'il s'agit plutôt d'une reprise synthétique de l'ensemble des développements de l'ouvrage. En définitive, si le lecteur veut se familiariser avec certaines thèses relatives aux questions de justice (et pour commencer tout ce qui a trait au concept « sénien » de capabilité), l'ouvrage s'avérera très utile. S'il cherche des réponses à des questions de justice, notamment celles que je viens de lister et bien d'autres encore (la justice d'un impôt, la justice d'un système des retraites, la légitimité de la violence, etc.), je crains qu'il n'y soit guère aidé... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Au delà de Ralws,
Par Jean-paul Lacharme (Marseille, France) - Voir tous mes commentaires (TESTEURS) (TOP 500 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'idée de justice (Poche)
Pour un professionnel (un doctorant ou un enseignant-chercheur en philosophie économique), la lecture de ce livre est un passage obligé et il n'y a rien d'autre à dire. Les pages de remerciements en fin d'ouvrage démontrent que l'auteur est immergé depuis longtemps au sein de la communauté académique internationale de la discipline où il a côtoyé et souvent collaboré avec ses pairs les plus illustres.Pour le lecteur « ordinaire », le simple curieux, la lecture de ce gros livre de 558 pages n'est pas toujours évidente, bien que le style (en traduction française) soit assez clair (à la différence de celui de Ralws). La difficulté provient peut-être de l'ampleur du champ thématique traité : la justice certes, mais aussi le choix social et les politiques publiques, bonheur et bien être, la notion de capabilité (apport personnel de Sen), libertés et droits de la personne, égalité ou équité, la pratique de la démocratie et l'extension de tous ces concepts à l'échelle mondiale, etc. Une ligne directrice apparaît cependant au fil des pages : c'est la critique amicale de la théorie de la justice de John Ralws dont l'auteur se démarque assez systématiquement. J'ai noté également son appel régulier au « spectateur impartial » d'Adam Smith (Théorie des Sentiments moraux), aux travaux de Kenneth Arrow et à la culture indienne familière à Sen. Une lecture éclairée de l'ouvrage nécessiterait une bonne connaissance des principales sources de l'auteur... mais c'est beaucoup demander à un simple lecteur. Ensuite, si l'on peut piocher dedans pour alimenter un large débat philosophique, on n'y trouvera peu de réponses précises à des problèmes précis, mais c'était déjà le problème des ouvrages de Ralws. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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