Paradoxalement , il n'existe pas tant que celà d'autobiographie des légendes du rock 70's . L'annonce de la parution des mémoires de Keith Richards compositeur et guitariste des Rolling Stones a fait autant de raffut que celles de Marlon Brando en leur temps (
Les chansons que m'apprenait ma mère) .
La presse a grandement exagéré l'aspect polemique du bouquin . On y parlait essentiellement de la petitesse de l'anatomie Jaggerienne et de règlements de compte impitoyables entre les Glimmer Twins .
Sur les 700 pages du bouquin , ce volet en recouvre une vingtaine et arrive tout à la fin . Et encore ! Richards pleure surtout son ami disparu sous les vagues de la Jet Set et déplore que celui ci se soit enfermé dans le rôle d'une icône inaccessible . Il n' y a rien de choquant , ni d'inédit là dedans ! N'est ce déjà pas le cas de toutes les stars de la musique ?
Entre temps , lorsque Richards parle de Jagger c'est essentiellement en terme laudatifs : une complicité qui a survécu au business , à la drogue , à cinquante ans d'une carrière musicale chaotique . Le vieux pirate ne tarit pas d'éloges sur les talents d'écriture de Jagger , sa rapidité d'exécution , sa facilité à traduire en mots les idées du guitariste .
Les habitués des Stones et notamment ceux qui avaient apprécié l'incontournable biographie de François Bon
Rolling Stones, une biographien'apprendront rien de plus de ce qu'ils ne savaient déjà : Brian Jones était une ordure qui ne manque personne , la rivalité progressive entre la tête du groupe ( Jagger ) et son corps ( Richards), l'incroyable résistance physique du personnage qui , même sans coke, peut passer plusieurs jours sans dormir lorsqu 'il enregistre , épuisant par là même ses ingés sons ! Le guitariste traite celà de manière plutôt expéditive en n'y consacrant que quelques pages.
Le bouquin est d'avantage sur des anecdotes , des souvenirs et des réflexions amusantes sur le mode de vie rock. C'est en celà que réside la sève de Life . On y trouve pas ici de réflexions métaphysiques universelles écrites dans un style littéraire comme dans (
L'Intranquille) .
Nous avons plutôt à faire aux mémoires chaleureuses , viriles ( mais pas sexistes ) , drôles et sans auto complaisance d'un grand père à la vie incroyablement riche ! Bien sûr les poursuites entre Keith et les flics du monde entier , dignes de "Sheriff , fais moi peur " peuvent lasser à la longue ; mais elles complètent le portrait haut en couleurs du survivant du rock !
C'est aussi le récit de l'incroyable rédemption d'un type qui à la seule force de sa volonté s'est complétement passé de drogues du jour au lendemain . Et la description de ce milieu , de sa dépendance , de ses personnages et des désintoxications achèveront de dissuader le chaland de toucher à ces saloperies . Aucun discours moralisateur . Juste une description à la fois crue et pleine d'humour des effets des paradis artificiels dont Richards soutient qu'elles n'auront eu aucun effet sur sa créativité .
Plus que l'histoire des Stones , j'ai prix beaucoup de plaisir à lire les " à côtés" : l'intarissable passion de Richards pour la musique noire , ses jams avec des musiciens locaux ,la genèse de certaines chansons légendaires , l'histoire de son accordage en open tuning dans un style très imagé et accessible même au non musicien , l'apparition de personnages hauts en couleurs qui maintiennent que oui ! le rock est un style de vie fascinant et romanesques . On y croise John Lennon , James Brown , Chuck Berry , Les Ronettes , Jerry Lee Lewis , Gram Parsons, Jean Luc Godard dans des moments où tous ne semblent pas à leur avantage .
On peut quand même s'étonner que Richards n'accorde pas plus d'importance aux autres menbres de son groupe : Jagger n'apparait que sur une quarantaine de pages , Watts et Wood, pour qui le Keith nourrit une incroyable tendresse,itou , Wyman à peine 5 pages . Bon .
Life n'est certainement pas un ouvrage à la qualité littéraire qui vous retournera les tripes . Mais son humour , ses expressions irrésistibles et une philosophie certaine, quoique atypique de la vie , achèveront de transporter tout amateur de récit débridé . Très belles sélection de photos aussi .
Un sacré type !