FSOL (Future Sound Of London, AKA Garry Cobain and Brian Dougans) a sorti deux albums marquants, "Lifeforms" en 1994 et "Dead Cities" en 1996 (le premier, "Accelerator", n'est pas resté dans les annales, avec sa techno rébarbative sans grande originalité; "The Isness" de 2002 n'est pas non plus une grande réussite à mon avis, sorte de new-age psychédélique hindouisante à la limite de la musique pour magasins bio; quant aux autres - "ISDN", les trois volumes de "Environnements" -, ils ne semblent pas avoir marqué les esprits, fussent-ils hantés par les fantômes électros).
Donc, "Dead Cities" et "Lifeforms" : ces deux-là méritent vraiment qu'on s'y arrête; il s'agit en réalité de deux des plus grandes réussites de la musique techno au sens large des années 90 et en général. De climats complètement opposés, correspondant à deux univers très différents, "Dead Cities" est une épopée urbaine futuriste d'une grande densité et d'une grande complexité, plutôt sombre dans l'ensemble, quelquefois violente, alors que "Lifeforms" nous emmène dans la nature, une nature exotique, sauvage mais idyllique, bien que parfois le paradis ne semble pas si paradisiaque que ça; en cela, on relève des similitudes avec "Dead Cities". Rien n'est quand même ni tout noir, ni tout blanc.
"Lifeforms", tout comme une autre très grande production électronique de la même période (l'incroyable "Adventures Beyond The Ultraworld" de The Orb), est un double album : en deux compact-discs, on est plongé dans une ambiant-techno planante, plutôt mélodieuse et lumineuse dans le cas du premier disque, plus expérimentale et difficile dans le cas du second. Deux invités de marque font leur apparition, même s'il est impossible de vraiment distinguer leur contribution, Robert Fripp dans "Flak" sur le premier CD, Klaus Schulze dans "Omnipresence", l'un des tout meilleurs titres de tout l'album, sur le second CD.
"Cascade", "Ill Flowers", "Bird Wings", "Eggshells", ces titres reflètent bien le climat du premier disque, la nature dans toute sa force et sa splendeur, avec bruitages de chutes d'eau, d'oiseaux exotiques, etc. Les premiers trois-quarts du deuxième disque sont à l'image de la fin du premier, la nature est plus sombre, plus mystérieuse voire inquiétante, mais dans les quatre derniers titres du dernier disque, très beaux, la nature, les êtres vivants et l'univers ne font plus qu'un, osmose ni positive ni négative, omni-présence.
Une belle odyssée, dans laquelle l'électronique n'a jamais semblé aussi "naturelle". Quatre étoiles 1/2.