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Ligeti toujours, 10 mars 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ligeti - The Ligeti Project IV (CD)
Le concerto pour cor de Ligeti ou « Concerto de Hambourg » est une de ses toutes dernières œuvres (1998-2002). Je ne partage pas le jugement mitigé qui a été parfois émis à son endroit : avec ses sept mouvements assez brefs et contrastés, son harmonie équivoque, son alternance d''humeur méditative et de franc burlesque, il réunit les qualités les plus rares de son auteur, comme en une synthèse de la manière qui l''a rendu célèbre dans les années 60 et de la dernière période, inattendue, inaugurée par le Trio avec cor et illustrée par le cycle des études et par les concertos pour piano et pour violon. L''interprétation de Marie Luise Neunecker (dédicataire de l''œuvre) et de Reinbert de Leeuw me paraît excellente.
Le Double concerto pour flûte et hautbois, plus ancien (1972), appartient à la famille d''œuvres « classiques » (Concerto pour violoncelle, concerto de chambre, 2e Quatuor) où Ligeti explore l''espace déjà conquis avec des pièces comme Atmosphères et Lontano.
Un peu antérieur (1968-1969), Ramifications est écrit pour douze cordes solistes, dont six sont accordées un quart de ton en dessous des six autres, créant une texture indéfinissable qui fait écho aux recherches de la musique électro-acoustique des mêmes années.
J''avais été, en voyant Ligeti interviewé, frappé par la manière dont il commentait des images d''archives relatives à sa Hongrie natale, aux mensonges et aux crimes des dictatures nazie et stalinienne. Indépendamment de la référence faite par Ligeti dans la notice aux grandes représentations picturales du Jugement dernier, ce Requiem (1963-1965) sonne comme une œuvre de colère, qui peint l''inhumanité des temps et la violence faite aux hommes. Même si ce n''est pas l''œuvre à laquelle je retournerais le plus souvent dans son catalogue, le Kyrie et sa polyphonie complexe, l''effet de panique créé par la superposition des strates en une sorte de « fuite en avant » vertigineuse, sont inoubliables.
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Un disque idéal pour entrer dans l'univers de Ligeti, 19 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ligeti - The Ligeti Project IV (CD)
Entrer dans l'univers de Ligeti peut réserver de bonnes comme de moins bonnes surprises tant le souci d'innover à tout prix, parfois en prenant le risque de choquer, a pu caractériser son parcours et son oeuvre.
Ce volume IV du "Ligeti Project" est un pur joyau et devrait satisfaire tout mélomane ayant accepté de s'aventurer sur les terrains parfois radicaux qui ont caractérisé une bonne partie de la création musicale de la deuxième moitié du XXème siècle.
Le Concerto Hambourgeois pour cor solo et orchestre fut composé entre 1998 et 2002 et a constitué un nouveau terrain d'expérimentation musicale. Le compositeur y a en effet fait appel à quatre cors naturels qui sont chacun en mesure de couvrir le spectre entre le deuxième et le seizième harmonique. A chaque cor fut attribué une fondamentale différente et Ligeti travaille sur une série d'impressions ou de spectres sonores inhabituels obtenus par la combinaison de ces fondamentaux et de leurs harmoniques. Le résultat est assez fascinant, parfois bizarre, mais toujours très original. J'ai particulièrement été impressionné par le passage où les flûtes se livrent à une partie qui ne manque pas de faire penser aux oiseaux de Messiaen.
Le double concerto qui suit, pour flûte et hautbois, fut composé en 1972 et repose fondamentalement sur les techniques de langue et de bouche pour le hautbois, sur le doigté et le souffle pour la flûte. L'idée est de produire des intonations fluctuantes et absolument inhabituelles en opposant et mixant deux instruments utilisant des techniques de production de son totalement différentes. Le résultat est très intéressant et magnifiquement interprété par heinz Holliger au hautbois et Jacques Zoon à la flûte.
Ramification, composée en 1968-69, fait dialoguer deux orchestres à cordes de six instruments chacun dont l'un est accordé un quart de ton en dessous du précédent. L'idée est de travailler sur l'interférence produite par les 24 tons ainsi obtenus. C'est de mon point de vue la pièce la plus convenue et la moins intéressante du disque en raison d'un dispositif qui, au fond, finit par limiter les possibilités d'expression musicale et donne un ensemble assez monotone.
Le chef-d'oeuvre réside dans le Requiem, composé entre 1963 et 1965. Ligeti y utilise des fragments de textes liturgiques latins et fait appel à un orchestre de taille moyen complété par un choeur de "pas moins de cent chanteurs" ! Puisant son inspiration dans les tableaux de Bosch ou de Brueghel l'Ancien, le requiem nous donne à voir une mort terrifiante. C'est un murmure glaçant, à peine susurré qui accueille le défunt. Mais, au fur et à mesure que l'âme poursuit sa route dans un infini galactique vide, noir et se situant au zéro absolu, le choeur va enfler, laissant hurler les âmes des morts pour planter un paysage sonore terrible. Si la mort ressemble à ce que Ligeti a écrit, ce serait la plus horrible punition que l'on puisse infliger à l'homme. Une petite lueur d'espoir poindra à peine en fin d'oeuvre après nous avoir laissé pantelant et sonné par un apocalypse musical mais un chef-d'oeuvre indéniable.
La qualité de la prise de son remarquablement transparente et aérée complétée par une interprétation magistrale de bout en bout du Berliner Philarmoniker ou du Schönberg ensemble sous les baguettes respectives de Jonathan Nott (requiem) et de Robert de Leeuw (pour le reste) font de ce disque un indispensable.
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