Originaire de Sao Paolo, Eliane Elias a quitté le Brésil à l'âge de 21 ans pour découvrir New York alors qu'elle ne parlait pas un mot d'anglais. Par chance, elle y fut tout de suite engagée comme pianiste dans le groupe de semi-fusion
Steps Ahead où sa présence aux côtés de Michael Brecker, Eddie Gomez, Peter Erskine et Mike Mainieri en a surpris plus d'un, encore que quand on réécoute aujourd'hui l'album éponyme enregistré en 1983, on comprend ce qui a pu séduire ces légendes du jazz américain. Depuis, Eliane a eu le temps de se réapproprier la musique de son pays natal, devenant l'une des plus grandes interprètes de la musique d'Antonio Carlos Jobim (
Eliane Elias Sings Jobim, 1998,
Eliane Elias Plays Jobim, 1990 plus le célèbre et magnifique
Double Rainbow de Joe Henderson, 1995). Sur ce nouvel album, la pianiste, devenue aussi une chanteuse accomplie, reprend une célèbre chanson des Doors (Light My fire) dont elle donne une version lente et sensuelle enluminée par le piano et la guitare de Ross Traut. Les douze titres, partagés entre nouvelles compositions et reprises imaginatives, bénéficient d'un casting de rêve où brillent son époux actuel, le bassiste Marc Johnson, ainsi que le guitariste Oscar Castro-Neves, symbole de la bossa nova, et le maître de la batterie brésilienne, Oscar Braga. Le standard hard bop Stay Cool de Kenny Dorham, adouci par la flûte de Lawrence Feldman, est emblématique du style laid-back dont Eliane Elias s'est fait une spécialité, tout autant d'ailleurs que sa version alanguie du Take Five de Paul Desmond ici zébré de phrases suaves lâchées à la trompette mutée par son mari précédent, Randy Brecker. Light My Fire réussit le pari difficile de combiner l'authenticité de la musique brésilienne et l'inventivité du jazz moderne, le tout avec une séduction immédiate et irrésistible.