Je vais peut-être passer pour un vieux grincheux, mais le fait de voir sur la toile et même sur ce site des étoiles à n'en plus finir m'amène à modérer le propos... Certes, ce disque de la pianiste et chanteuse Eliane Elias est très bon, surtout en ces temps de déprime généralisé, mais il s'inscrit dans la veine de ce qu'elle a fait précédemment. La qualité audio est exceptionnelle (magnifique rendu sonore sur les interventions de Gilberto Gil, invité sur quelques plages). Une fois de plus, la grande dame greffe des éléments jazz, pop et soul à ses racines brésiliennes pour créer un groove hybride.
Paru chez Concord Music Group (son tout nouveau label, après avoir enregistré une bonne poignée de galettes chez Blue Note), ce "Light My Fire" brandit un son universel. A côté des quatre compositions écrites ou coécrites par Eliane Elias, l'amateur trouvera des reprises de morceaux connus dont les auteurs sont aussi divers que Jim Morrison (The Doors), l'icône pop Stevie Wonder ou le saxophoniste jazz Paul Desmond. Le résultat est sympathique et cohérent, mais ne surprend pas. Les musiciens qui l'entourent sont tous des pointures, bien sûr, à la tête desquels Randy Brecker (à la trompette), Gilberto Gil (guitare), Marc Johnson (contrebasse) et j'en passe...
Le répertoire est bien foutu donc, et la pianiste fait preuve de beaucoup de talent en injectant à chacun des douze titres un groove typiquement brésilien qui passe aisément entre passion et sophistication, chaleur et esprit cool. Bref, ce disque est une histoire de romantisme et de sensualité (on ne peut rester indifférent à l'écoute de pièces comme "Stay Cool", composition de Kenny Dorham, ou encore "Made in Moonlight"), l'ensemble ne tombant jamais dans la faute de goût ("Mon Amour") sauf quand se fait ressentir par moments la tentation du sirupeux. On retrouvera aussi sur quelques plages Amanda Brecker (la fille d'Elias et du trompettiste Randy Brecker). On peut écouter.