Bien qu’ayant travaillé pour Björk, Leila avec
Like Weather offre une musique aux antipodes du style excentrique de sa « patronne ». A l’inverse des productions électroniques assez léchées qui sortent en cascade en cette année 1998, ce premier album bénéficie d’un son cru, approximatif, riche en accidents et en dissonances.
Enregistré avec seulement un ordinateur et quelques claviers analogiques,
Like Weather est proche des travaux de ses confrères de Rephlex U-Ziq et surtout d’Aphex Twin, l’un des créateurs du label. Conçu comme une compilation, l’album alterne dans un équilibre diabolique, instrumentaux et titres chantés. Saluons la qualité des voix : sont réunis la chanteuse « soul » Donna Paul, Roya Arab, sœur de Leila et Luca Santucci dont le chant androgyne contribue grandement à la versatilité du disque. A contre-pied des habituelles productions downtempo, Leila mixe la voix en la distordant et la manipulant comme un instrument parmi d’autres. Le spectre des influences est très large : éléments hip hop (les beats et le découpage des samples), prédominance soul (les voix) et recherche de sons propres aux musiques électroniques anglaises.
Dans le registre soul, le single
« Feeling » est une ballade typique malgré ce son électro « lo-fi ». Chantés divinement par Luca,
« Won’t You Be My Baby » serait presque un hit du genre si la deuxième partie de morceau ne dérivait vers des ambiances à la
Rock Bottom de Robert Wyatt.
« Something » en serait le cousin plus abattu avec ses synthés lugubres et sa basse ronde à la
Melody Nelson.
« Don’t Fall Asleep », avec le falsetto de Luca, fait presque penser à une chute bien fracturée de
Dirty Mind de Prince.
« So Low…Amen », porté par Roya, concasse avec culot gospel fervent, basse jungle et breakbeats hardcore. Les synthés bourdonnants et la rythmique coupante et étouffée de l’angoissant
« Blue Grace », ne déparerait pas une B.O. de David Lynch.
Les instrumentaux lorgnent plus vers des ambiances empreintes de musique classique et concrète. Le bien nommé
« Piano Strings » décline une mélodie épurée évoquant Debussy et Ravel.
« Underwater » résonne comme une comptine enfantine tandis que
« Melodicore » et ses claviers oniriques est très marqué Aphex Twin. Dans
« Space Love », sommet instrumental de l’album, une mélodie symphonique se colore d’effets bruitistes comme le tic tac d’une horloge et le rythme métronome d’une boite à musique.
Like Weather foisonne d’idées et d’irrévérences. L’intransigeance artistique de Leila donne à cet album une patine unique qui transcende les modes musicales et les courants éphémères Une productrice est née.
François Bellion - Copyright 2012 Music Story