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Commentaires client les plus utiles
11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Ellul, un vrai contre poison politique,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'illusion politique (Poche)
La vraie ruse de la modernité consiste à faire croire aux hommes qu'ils vivent en démocratie, alors que leur action, tant de militant que d'électeur, de même que les actions des 'acteurs' politiques sur le devant de la scène sont largement des trompe l'oeil, les vraies forces agissant sur notre société consistant en tout autre chose. Jacques Ellul ouvre les yeux,fait sortir de la torpeur de l'illusion politique et donne de nombreux exemples particulièrement explicites. Un livre de grande utilité pour qui ne veut pas se faire abuser dans ce monde de faux semblant. Michel Malle
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
la politique, l'autre opium du peuple...,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'illusion politique (Poche)
Le genre de bouquin que j'aime lire et relire, surtout à l'approche des élections présidentielles... Un essai de 330 pages sacrément intéressant et bien foutu, écrit dans un style clair et limpide, intelligent et loin d'être abscons. Bref, "L'illusion politique", sorti en librairie en 1965 et dont l'édition fut augmentée en 1977, ne prend pas le lecteur pour un idiot. Voilà surtout un ouvrage qui n'a pas pris une ride, tant le propos reste actuel pour ne pas dire visionnaire! Jacques Ellul, son auteur, fut juriste et historien de formation, puis politologue et sociologue. Avec autant de titres, l'on pourrait se dire, "tiens encore un intellectuel qui va nous dire des choses à n'y rien comprendre, et qui en plus va nous barber"... Que nenni, c'est tout le contraire. Remarqués dans les années 50 par un certain Aldous Huxley (c'est grâce à ce dernier qu'Ellul est devenu archi-connu aux Etats-Unis alors qu'en France, sa notoriété reste encore limitée), ses ouvrages (on en compte une quarantaine, tous sortis en édition de poche) traitent essentiellement du phénomène technique, de notre société technicienne et de la propagande en Occident, etc... Celui-ci présente un intérêt majeur, puisque en tant qu'enseignant de droit constitutionnel et de sciences politiques, Ellul sait de quoi il parle.Dans "L'illusion politique", et cela mérite d'être souligné, son auteur nous dit d'emblée l'état d'hypnose dans lequel nous nous trouvons dans nos sociétés occidentales, nous parle aussi de ces mythes dans lesquels nos concitoyens vivent en ce qui concerne la politique, et enfin propose de retrouver une valeur dans la vie collective, pour récuser tous ces mythes. Surtout lorsque notre monde hyper complexe, pour ne pas dire étrange à maints égards, ne coïncide nullement avec le réel politique. Ellul en penseur anarchiste (1) n'est pas là pour parler à tort et à travers et ne cherche pas à combler le silence par des discours. D'ailleurs, sa réflexion très pascalienne concernant le vide qui nous entoure est assez forte (lire son avant-propos). Aussi insiste-t-il sur le fait que ce n'est pas à parler de telle et telle valeur qui fait de nous ses meilleurs défenseurs. Aux yeux de beaucoup de citoyens qui ont besoin d'être rassurés, la liberté pourrait même paraître bien plus réelle si celle-ci était proclamée par un chef à l'ombre de la gestapo! C'est bien là la première illusion discernée par Ellul et qui d'emblée met à mal tout discours politique démagogique. Faire de la politique ne serait que de la verbalisation incantatoire, comme pour se rassurer, ou pour s'assurer qu'on connaît le sujet, et surtout pour dire qu'on le vit. Ainsi, Ellul énonce une première règle profonde et toujours vérifiée, qui devrait devenir un théorème d'interprétation politique: "Le régime qui parle le plus de telle valeur est celui qui consciemment ou inconsciemment la nie et l'empêche d'être." La thèse de cet ouvrage indispensable, qui se compose de huit chapitres complets, a pour objet l'impuissance politique, voilée précisément par la puissance et l'efficacité des moyens d'action de l'Etat, lesquels moyens interviennent toujours plus profondément et exactement dans la vie de la nation, et dans celle des citoyens. Mais l'homme politique, qu'il soit démocrate ou dictateur, n'a finalement aucune maîtrise de ces moyens. Réciproquement, paraît l'illusion du citoyen, qui, vivant encore sur l'idéologie (que celle-ci soit d'ordre fasciste ou bien portant sur la souveraineté populaire, les constitutions démocratiques, etc...), croit pouvoir contrôler la politique, l'orienter, participer à la fonction politique. Ellul s'attache à démonter les rouages de notre société occidentale où le verbalisme politique exprime une double illusion: illusion de l'homme politique qui croit maîtriser la machine de l'Etat et illusion du citoyen qui croit que son vote va changer quelque chose. La thèse en fera frémir plus d'un, d'où l'intérêt de lire cet ouvrage qui ne se résume en six ou sept petits paragraphes. Après avoir défini ce terme qu'est la "politisation" (débats idéologiques, mais pas seulement...) et après avoir discuté de la réflexion permanente sur le pouvoir (en faisant appel à Platon, Montesquieu, Rousseau, Hobbes, Marx et même Barrès...), Ellul montre bien que l'on peut vivre sans politique, ou disons, sans entrer forcément dans des débats politiques passionnels. "Nos passions ne peuvent que renforcer la politique et jamais l'affaiblir". Bref, il s'agit là pour le citoyen et pour le lecteur de s'emparer de son avenir sans entrer dans un mouvement d'organisation politique quel qu'il soit. Puis, dans un chapitre savoureux intitulé "Le nécessaire et l'éphémère", Ellul rentre dans le coeur du problème. L'on a carrément droit, une fois de plus, à un cours compréhensible et d'une lucidité inouïe (Ellul était également professeur à Science Po). Dans ce chapitre, l'auteur du Le bluff technologique s'attache à définir ce qu'est un homme politique, quels sont ses choix, ses solutions, comment il élabore sa politique... A force d'exemples concrets, Ellul ne nous lâche pas et fait là une belle démonstration qu'un homme politique n'a pas toujours la liberté de faire ce qu'il veut, etc. Il est forcément question de la notion de limites (le passage sur l'éphémère où il est aussi question de variation du droit et des décisions politiques est un morceau d'anthologie que l'on méditera longtemps). Les chapitres suivants traitent de l'autonomie politique (avec la question du monopole de la violence de l'Etat et la question de la morale -cf. Machiavel et Max Weber- avec les exemples historiques des régimes de Staline, Hitler ou encore Fidel Castro), de la politique dans le monde des images (où il est question de l'opinion publique, de l'univers psycho-politique, des vrais et faux problèmes à partir desquels l'opinion se constitue et s'installe), du réel contrôle de l'Etat (la bureaucratie et l'administration, nécessaires à l'organisation, une organisation faite d'hommes et de femmes, mais comme le montre Ellul, "elle subit à la fois les faiblesses, les désordres et les tendances individuelles, comme aussi les impulsions, les décisions personnelles, tout autant d'éléments psychologiques et moraux" qui vont au delà de l'automatisme voulu par les politiques et les citoyens. D'où illusion que l'appareil administratif puisse fonctionner à merveille..). Ici, Ellul fait longuement référence à Kafka, cf. Le Procès et le Château). Enfin, les derniers chapitres (L'Illusion politique: la participation chp5, La solution politique chp6, dépolitisation et tension chp7, l'homme et la démocratie chp8) seront peut-être les plus contestés. Et pourtant, Ellul encore une fois est d'une lucidité qui fait mal: "ce que l'on nous propose, c'est en réalité la démocratie de propagande" (page 225). Plus on demande au citoyen de participer (aux référendums, aux pétitions, aux élections, etc.), plus celui-ci est susceptible d'être manipulé. Passage savoureux. Comme Ivan Illitch ou encore Noam Chomsky, Ellul est un penseur libre d'une clairvoyance salvatrice. En guise de conclusion, j'aimerais lui laisser la parole dans ce qui me paraît être l'un des plus beaux passages: "Vouloir l'homme, c'est le vouloir contre la propagande, contre les techniques psychologiques d'influence, et bien sûr contre les hypocrites "Sciences de l'homme" qui prétendent agir sur lui pour le hausser au niveau de son destin dans la société actuelle, au niveau de l'exercice de ses responsabilités, et qui, en fait, le dépossèdent de lui-même pour le posséder plus profondément." ______________________________________________________________________________ (1) Jacques Ellul (1912-1994) n'était ni un homme de droite (on l'a souvent comparé à Raymond Aron, c'était mal connaître son oeuvre) ni un homme de gauche (bien qu'il s'en rapprochât de par ses idées). En fait, Jacques Ellul était inclassable, un penseur libre, détestant par dessus tout être enfermé dans une catégorie, capable de critiquer son propre camps, il avait pas mal d'ennemis. Il a parfois inspiré les écologistes, mais surtout quelques mouvements anarchistes, notamment aux Etats-Unis. Sa pensée a malheureusement... Lire la suite › Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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