Un constat : trente ans après la publication de la première étude en 1972, qui suggérait, arguments à l'appui, que les croissances exponentielles de la production industrielle et alimentaire, de la consommation d'énergie, de la population humaine et de la pollution, nous entraînent dans un mur et ne peuvent qu'aboutir à un effondrement plus ou moins brutal de nos sociétés durant les premières décennies du XXIème siècle ; rien de sérieux n'a été entrepris pour renverser la vapeur. Tout au plus, l'idée qu'on devrait peut être songer à limiter notre dépendance aux énergies fossiles et notre surexploitation des ressources terrestres commence-t-elle à imprégner certains d'entre nous.
Cette "mise à jour" du rapport va dans le même sens que l'étude de 72, mais les trente ans de recul lui donne plus de crédit. Les arguments d'hier sont confrontés aux réalités d'aujourd'hui et se renforcent, parfois avec certaines nuances. Le ton reste positif, optimiste même, et le collectif témoigne de son amour et de sa confiance dans l'humanité. Toutefois cette étude donne un verdict sans appel : Nous avons probablement déjà dépassé la capacité d'auto-régénération de la Terre, et si nous n'arrêtons pas immédiatement nos excès (et quand bien même), nous sommes condamnés au désastre politique, économique et social. Guerres, pénuries et famines nous guettent...
Pour parvenir à rectifier le tir, les auteurs ont des suggestions à faire : remise en cause du capitalisme marchand, rationalisation de la production, meilleure répartition des richesses, etc. La propriété est-elle vraiment un concept pertinent ? Comment la recherche du profit individuel pourrait-elle nous conduire à la performance et la viabilité des produits ? Comment se fait-il, alors que nous produisons d'ores et déjà plus que ce que nous pouvons consommer, comment se fait-il que plus d'un milliard d'êtres humains demeurent sous-alimentés et n'ont accès ni à l'eau potable, ni à des conditions sanitaires minimum, ni à une éducation de base ?
"The limit to groth" ne fait pas seulement appel à notre bon sens pour jauger l'absurdité de l'idéologie dominante de la croissance, il apporte des réponses et des solutions applicables à court, moyen et long termes.
Bref, un ouvrage incontournable pour toute personne qui cherche à comprendre le monde dans lequel nous vivons, pourquoi et comment "ça cloche", et quels remèdes nous pourrions apporter.