La situation que l'auteur qualifie d'inflation scolaire est celle où la valeur des diplômes ne cessant d'être dépréciée sur le marché du travail, les étudiants ont tendance à prolonger leurs études ; une situation déjà décrite il y a fort longtemps par Raymond Boudon dans son ouvrage majeur, "L'égalité des chances".
Plus direct que l'essai de François Dubet publié plus tôt dans cette même collection - "L'égalité des chances. Qu'est-ce qu'une école juste ?" - car dégagé de toute référence à l'idéologie républicaine, l'ouvrage de Marie Duru-Bellat est certainement celui qu'il faut lire aujourd'hui pour en savoir plus sur la situation de l'école dans ce pays. Le propos est franc, et on peut même dire que l'auteur fait preuve d'un certain courage en n'hésitant pas à démonter quelques mythes dans lesquels certains experts de l'Education Nationale se complaisent encore, comme l'égalité des enfants à leur entrée à l'école alors qu'on sait que l'origine sociale pèse sur le développement intellectuel de ces derniers - mais ce n'est pas verser dans le darwinisme social pour autant ! - ou cette idée que toujours plus de cette éducation telle qu'on la connaît serait forcément une bonne chose pour les individus et pour la société. Marie Duru-Bellat donne vraiment l'impression de traiter tous les aspects du problème, n'omettant même pas de mentionner cette révolution que représente la mise en place du système de la VAE (Validation des Acquis de l'Expérience), dont l'impact est trop souvent sous-estimé. Après tout, ne s'agit-il pas de mettre fin au monopole du milieu scolaire sur la certification des compétences professionnelles, comme l'auteur le rappelle très justement ? On aurait souhaité que Marie Duru-Bellat s'étende un peu plus sur le sujet, mais la place manquait et ce sera pour un autre ouvrage, sans doute.