Cette oeuvre est un recueil de douze essais de Sigmund Freud intitulés respectivement « L'établissement des faits par voie diagnostique et la psychanalyse », « Le créateur littéraire et la fantaisie », « Sur le sens opposé des mots originaires », « Le motif du choix des coffrets », « Le Moïse de Michel-Ange », « Parallèle mythologique à une représentation obsessionnelle plastique », « Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique », « Une difficulté de la psychanalyse », « Un souvenir d'enfance de "Poésie et Vérité" », « L'inquiétante étrangeté », « Une névrose diabolique du XVIIe siècle » et « L'humour ».
La grande majorité de ces analyses rend compte de la réflexion de l'auteur d'après différents supports de création littéraire ou, plus largement, artistique.
Ainsi, Freud dans son deuxième essai, s'intéresse au rapport que la littérature entretient avec la fantaisie et établit des corrélations, à titre préventif, avec les affections psychologiques que les excès eu égard au processus fantaisiste peuvent générer chez certains de ses patients (« C'est le foisonnement des fantaisies et le fait qu'elles deviennent prépondérantes, qui créent les conditions de la chute dans la névrose et la psychose ; les fantaisies sont aussi les ultimes stades psychiques préalables aux symptômes douloureux dont nos malades se plaignent. »)
Dans « Le Moïse de Michel-Ange », l'auteur poursuit son investigation dans le domaine de la fantaisie sculpturale en proposant, au terme d'une confrontation mesurée de plusieurs interprétations sensiblement divergentes de la part de célèbres analystes ou critiques d'art tels que, par exemple, Heath Wilson, Wöfflin, C. Justi, Jak. Burckhardt ou W. Lübke, sa propre interprétation de la fameuse représentation de Moïse par Michel-Ange, dans une péroraison qui tient compte de l'intention de l'artiste dans le cadre de la relation qu'il entretenait avec le pape Jules II sur le tombeau duquel fut originairement destinée la statue (« Jules II était apparenté à Michel-Ange, en ceci qu'il cherchait à réaliser des choses grandes et puissantes, surtout grandes par leur dimension [...] L'artiste avait conscience d'une égale violence de l'ambition en lui-même, mais il se peut que, sa tendance à la méditation lui donnant une vue plus profonde des choses, il ait pressenti l'insuccès auquel tous les deux étaient voués. »)
Dans « Une difficulté de la psychanalyse », l'auteur quittant quelque temps les phénomènes psychiques associés à celui de la création, oriente son discours vers la finalité de la psychanalyse, considérant que l'âme demeure une matière délicate à cerner tant sa complexité est grande, et allègue les vertus curatives et, par là même, les fondements de cette discipline (« Qui saurait évaluer, même si tu n'es pas malade, tout ce qui s'agite dans ton âme et dont tu n'apprends rien, ou dont tu es mal informé ? »)
Enfin, dans « L'inquiétante étrangeté », essai éponyme de ce recueil, Freud revient sur l'analyse inspirée de la création littéraire et en particulier du conte. L'inquiétante étrangeté est à cet égard définie comme « cette variété particulière de l'effrayant qui remonte au depuis longtemps connu, depuis longtemps familier. » L'auteur, ce faisant, s'appuie sur « Les Contes » d'Hoffmann, notamment sur celui qui a pour titre « L'Homme de sable », puis établit une analogie entre les cas d'inquiétante étrangeté observés en consultation et ceux de l'animisme, un univers qui, selon Freud, favorise un « narcissisme illimité » corrélé, entre autres concepts, à la magie, la sorcellerie et la toute-puissance des pensées (« Ce qu'il y a d'infantile là-dedans, et qui domine aussi la vie psychique des névrosés, c'est l'accentuation excessive de la réalité psychique par rapport à la réalité matérielle, trait qui se rattache à la toute-puissance des pensées. »)
« L'humour », du reste, l'essai qui clôt cet ensemble, se fonde sur une observation remarquable de la part de son auteur des rapports qui unissent, lors du processus humoristique, le moi et le surmoi (« Nous connaissons par ailleurs le surmoi comme un maître sévère. Il s'accorde peu à ce caractère, dira-t-on, qu'il condescende à permettre au moi un menu gain de plaisir. Il est exact que le plaisir humoristique n'atteint jamais l'intensité du plaisir pris au comique ou au mot d'esprit, qu'il ne se prodigue jamais en francs éclats de rire ; il est également vrai que le surmoi, quand il instaure l'attitude humoristique, écarte à proprement parler la réalité et se met au service d'une illusion. Mais - sans très bien savoir pourquoi - nous attribuons à ce plaisir peu intense une valeur élevée, nous le ressentons comme particulièrement libérateur et exaltant. »)