Je redoute les albums posthumes, souvent uniques prétextes à faire gagner de l'argent aux ayants droits et aussi souvent de piètre qualité et/ou intérêt (je pense notamment à celui sorti à la mort de Michael Jackson). Je savais aussi que cet album allait mélanger les dates, mais surtout les styles : du ska, du rap, du reggae, de la soul, du jazz' Des inédits mais aussi des chansons déjà connues, mais les originales. Bref, grande fan de cette extraordinaire artiste qu'est Amy, je m'attendais un peu au pire.
Et je passe cet album en boucle. Oui, il y a de tout, pas d'unité dans les styles, mais le seul fil conducteur nécessaire, finalement, est bien là : la voix incroyable d'Amy, chargée d'émotion, à tel point qu'on peut imaginer toutes les expressions de son visage lorsqu'elle chante. L'album débute avec « Our day will come », style reggae, qu'Amy appréciait au plus haut point, une chanson fraîche, agréable, qui coule, ça commence bien. Puis, la seule chanson qu'elle avait enregistrée pour son 3e album « Between the cheats », on est bien dans la lignée de « Back to Black », avec les voix derrière qui susurrent le refrain, et Amy qui prend manifestement du plaisir à chanter. Puis, pour moi, une des bombes de l'album, « Tears dry », qu'on connaissait par BTB mais là, c'est une ballade, une magnifique, envoûtante ballade, qui prend une toute autre dimension que celle qu'on connaissait, à tel point qu'on peut la considérer comme un nouveau titre. De l'émotion à l'état pur. La voix, claire, continue de s'élever avec « Will you still love me tomorrow », là encore version différente de celle déjà connue, avec un effet plus « dramatique » du à la batterie, presque martiale. Autre belle découverte, le duo avec Nas, son « frère », né le même jour qu'elle. La voix presque traînante d'Amy se marie parfaitement avec le débit rapide du rappeur, musique entêtante, on peut se surprendre à marquer ce rythme de la tête. Puis « Valérie », autre chanson connue, mais version d'origine. Difficile pour moi de donner une opinion, sachant que c'est l'une des rares chansons d'Amy avec laquelle je n'accroche pas. Puis, près de 3 minutes de joie, avec la jeune Amy qui s'essaye à une interprétation audacieuse de « The girl from Ipanema », Amy s'amuse, se lâche, on sent qu'elle est jeune, que l'avenir est plein de promesses, que c'est une jeune artiste qui en veut, mais qui adore aussi chanter. Faire du neuf avec du vieux, pari réussi, avec une voix qui n'a pas encore cette gravité qu'on lui connaîtra avec BTB. Puis le superbe « Half time », voix expressive, modulée, chaloupée, belle mélodie. Ensuite la déjà connue « Wake up alone », autre version, autre chanson où Amy met tout son c½ur. Belle orchestration pour « Best friends right », la voix monte, descend, beau, tout simplement. Le duo avec Tony Bennett, dernier enregistrement d'Amy en mars 2011, « Body and soul », LE pied de nez à ceux qui disaient qu'Amy avait perdu sa voix, était finie, raison pour laquelle le 3e album n'arrivait pas. Quelqu'un de la pointure de Bennett n'aurait pas perdu son temps avec une chanteuse sans voix. Beau duo, voix toujours aussi puissante, profonde, expressive. Incroyable, cet album éclectique prouve, si besoin est, qu'Amy peut chanter tous les styles avec bonheur. Et ce qui, pour moi, avec la version de « Tears dry » sera la révélation de cet album, la chanson finale, excellent choix pour conclure, « A song for you », surtout lisez les paroles en écoutant la chanson et vous comprendrez pourquoi Amy semble prête parfois à pleurer. La voix n'est parfois qu'un murmure, il faut deviner plus qu'entendre les paroles, puis au verset suivant, la puissance de la voix d'Amy claque. Cette chanson lui correspond totalement. LA chanson émotion de l'album, qui m'a mit les larmes aux yeux.
Côté package, si je n'apprécie pas forcément la pochette de couverture, les photos à l'intérieur sont belles. L'intérêt du livret réside en deux choses : commentaire de tous les titres, puis paroles de toutes les chansons. Le cd lui-même est couleur gris tristounet.
Il semble que nous ne puissions pas nous attendre à beaucoup plus d'autres chansons inédites, quoi que certaines circulent sur internet (comme Procrastination). Restent sans doute des remix, des live, quelques rares démos, d'après son producteur. Quel dommage, parce que même ce qui n'a pas été édité est, cet album le prouve, d'une rare force et intensité. Amy, grande chanteuse, qui aura toujours chanté avec son c½ur et ses tripes, sans doute pourquoi elle continue à nous toucher' et à nous manquer !..
Note supplémentaire : vous pouvez voir dans la liste des chansons futures auxquelles Amy songeait (sous le cd) "song for Dionne". Il s'agit de Dionne Bromfield, qui s'est retrouvée sous le feu des projecteurs au décès d'Amy parce c'est avec elle qu'Amy a partagé la scène une dernière fois (sur le titre Mama said). J'avais découvert cette jeune chanteuse (15 ans!) avec son second album "Good for the soul" et n'avait découvert qu'elle était la filleule d'Amy qu'à la lecture des "Thank you" sur le livret du cd. J'ai alors compris pourquoi j'ai aimé cet album. Essayez, si vous aimiez Amy, il y a de fortes chances pour que vous aimiez Dionne Bromfield (le 1er cd peut être laissé de côté, si je peux dire, car ce ne sont que des reprises). C'est la digne héritière de sa marraine, dont elle a d'ailleurs repris avec bonheur Rehab, ou encore Love is a losing game. D'ailleurs, Mark Ronson s'y intéresse de près. "Good for the soul" est un excellent album.Voilà, juste pour l'info.