Avec « l’islamisme va-t-il gagner », sous-titré « le roman du siècle vert », Alexandre Adler et Vladimir Fedorovski poursuivent un dialogue commencé en 2012 avec la publication du « roman du siècle rouge ». Le titre, « l’islamisme va-t-il gagner » est certes accrocheur et révélateur de la thématique inscrite en filigrane de l’ouvrage, mais peut cependant induire en erreur le lecteur qui penserait lire un livre axé sur l’islamisme sous tous ses aspects.
Les auteurs procèdent ici en effet à une étude des relations entre le monde arabe, (sunnisme et chiisme réunis), la Russie, les Etats-Unis, la Turquie, Israël et accessoirement la France. Le livre se présente comme une suite d’entretiens sur l’histoire des relations évoquées précédemment au fil des siècles.
Les deux intervenants désignent sans ambiguïté l’islamisme comme étant à terme la menace principale du monde éclairé. La culture universaliste d’Alexandre Adler peut déconcerter le lecteur, tant elle se manifeste de façon époustouflante au travers des entretiens ! On ne saurait désormais parler intelligemment du monde arabe sans avoir lu au préalable ce petit livre publié aux éditions du Rocher.
Si Alexandre Federovski confirme ici sa connaissance de l’intérieur du monde slave et du monde arabe, il reste que les propos de son interlocuteur sont ceux qui « font » l’ouvrage.
Comme à son habitude Alexandre Adler ne craint pas d’avancer des thèses parfois iconoclastes, ainsi celle qui clôt l’entretien et qui consiste à dire que l’islamisme étant la menace principale à terme, et considérant que cet islamisme trouve sa source dans le sunnisme, avec l’appui de l’Arabie saoudite, du Qatar et par voie de conséquence funeste des Etats-Unis, ( intérêts pétroliers obligent), il convient de ne pas diaboliser l’Iran et la Syrie de Bachar el Assad, deux pays chiites, qui sauront maintenir à distance le sunnisme radical, avec l’aide de la Russie, ( sous réserve que Poutine ne se trompe pas d’allié en pariant sur la Chine), de la Turquie ( dont la conception de l’Islam n’est pas exportable), de la France, de l’Allemagne et des deux pays du Maghreb que sont l’Algérie (hermétique aux frères musulmans) et le Maroc ( à réconcilier avec son voisin algérien).
Un livre par conséquent intelligent, difficile mais passionnant, dont l’articulation en petits chapitres facilite la relecture.