Le très ambitieux projet d'intégrale de l'oeuvre pianistique de Franz Liszt chez Naxos ravira les amateurs de piano : on notera d'abord l'homogénéité de la collection avec un portrait changeant à chaque disque, des volumes numérotés au contenu thématique, différents lieux d'enregistrement (Angleterre, Etats-Unis, Hongrie, Allemagne, Canada) et des interprètes plus ou moins connus mais souvent de haut vol et de toute nationalité. C'est ce qui fera tout son intérêt si on la compare à l'intégrale achevée du marathonien Leslie Howard chez Hypérion, certes de qualité mais bien trop monotone dans le fond comme dans la forme et beaucoup plus chère ! A noter par contre que les dates d'enregistrements ne correspondent pas systématiquement aux dates de sortie et que la régularité de celles-ci en déconcertera plus d'un, mais l'aventure durera plusieurs années, donc patience !
Les petits cycles de lieder de Beethoven ne font pas partie de son oeuvre immortelle : on sait ses difficultés à composer, à travailler parfois pendant des années un thème qui semble simple - comme celui du final de la 9è symphonie - ; autant dire que chez lui la musique ne coulait pas de source et ses mélodies ne sentent ni la perfection ni le naturel de son contemporain Schubert, ni bien sûr la beauté mélodique. Tout cela pour dire que le travail de Liszt fut le bienvenu lorsqu'il réalisa ces transcriptions : d'une voix parfois torturée (et torturante) il réussit à y intégrer parfaitement l'accompagnement pianistique pour recréer un « lied pour piano seul » et comme d'habitude on n'y voit que du feu ! Le jeune pianiste coréen Yung Wook Yoo, né en 1977, lauréat d'un concours en 1998, est très à l'aise dans ce jeu ambigu : « faire » du Liszt ou du Beethoven et la balance penche du côté de l'original, sauf pour le Capriccio alla Turca du début, sorte de montage de thèmes des Ruines d'Athènes. Son piano chante bien, est clair et propre. Livret en français.