Le très ambitieux projet d'intégrale de l'oeuvre pianistique de Franz Liszt chez Naxos ravira les amateurs de piano : on notera d'abord l'homogénéité de la collection avec un portrait changeant à chaque disque, des volumes numérotés au contenu thématique, différents lieux d'enregistrement (Angleterre, Etats-Unis, Hongrie, Allemagne, Canada) et des interprètes plus ou moins connus mais souvent de haut vol et de toute nationalité. C'est ce qui fera tout son intérêt si on la compare à l'intégrale achevée du marathonien Leslie Howard chez Hypérion, certes de qualité mais bien trop monotone dans le fond comme dans la forme et beaucoup plus chère ! A noter par contre que les dates d'enregistrements ne correspondent pas systématiquement aux dates de sortie et que la régularité de celles-ci en déconcertera plus d'un, mais l'aventure durera plusieurs années, donc patience !
Il est intéressant de faire l'effort de se mettre à la place d'un auditeur du 19è siècle pour qui l'écoute d'un opéra de Verdi était moins évidente qu'aujourd'hui : ce genre maintenant complètement révolu de la réminiscence ou paraphrase de concert sur des airs d'un même opéra reliés entre eux de façon artificielle, s'il subsiste encore au répertoire des virtuoses, c'est uniquement parce que le génie de Liszt fait « prendre la sauce ». Mélanger la voix et l'orchestre sur un seul piano avec un interprète à la hauteur titillera notre oreille blasée et bien trop respectueuse de l'original. A la fin de l'enregistrement, si l'on a envie de réécouter les opéras de Verdi, le but est réussi. La version du pianiste brésilien Alexandre Dossin manque un peu de folie et est sans doute trop proche du texte, et parfois le piano sonne bizarrement dans le médium. Livret en anglais.